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21/11/2007

Le sort du vieux quartier juif de Budapest, sa situation actuelle - par Anna Perczel - I - Présentation

Nous entreprenons ici la publication d'un article d'Anna Perczel, architecte, l'une des animatrices de l'association Ovás!. Cet article est paru dans la revue Mult és jövö (Passé et futur). Ce long article fera l'objet, comme un feuilleton, de plusieurs livraisons étalées sur quelques jours, le temps de mettre au point une traduction quasiment achevée.

 

 

Le sort du vieux quartier juif de Budapest, la situation actuelle


I - Présentation

 

Il y a deux choses dans un édifice, son usage et sa beauté; son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, c'est donc dépasser son droit que le détruire.” Victor Hugo

 

Le vieux quartier commerçant juif de Budapest – bien que sur la carte ce ne soit que l'un des nombreux quartiers de la capitale – constitue un espace et une valeur culturels déterminant du point de vue historique et particulièrement importants pour la capitale, le pays et le monde. Le sort dévolu à ce quartier de Budapest, oublié pendant de longues décennies, exposé au dépérissement, destiné depuis quelque temps à la démolition intentionnelle au lieu de sa rénovation, ne peut laisser personne indifférent.

La constitution et le développement des quartiers juifs historiques se sont toujours étroitement mêlés à la culture, à la tradition et à la religion – de même qu'à l'esprit d’innovation. Les rues, l'ambiance, les édifices des quartiers juifs des villes européennes conservent et représentent tout cela d'une manière concentrée. Leur attraction est tellement grande et rayonnante que leur conservation et leur réhabilitation vont partout de pair avec une vie culturelle, touristique et économique florissante. En gardant leur caractère d'habitat et en aidant le développement de la vie culturelle en parallèle avec la réhabilitation graduelle des édifices, on a abouti à cela, même dans les villes où il n'y avait plus de population juive à cause de l'Holocauste.

Le quartier juif de Budapest est, par contre, un lieu vivant encore de nos jours. La présence de la communauté juive - même si elle a été tragiquement réduite - est continuelle ici depuis presque deux cents ans. La vie juive de la capitale (et du pays) se concentre ici. Et malgré l'état d'abandon et la dégradation graduelle du quartier, une partie importante du tourisme étranger à Budapest s'y dirige. La beauté et l'importance de ses synagogues, l'ambiance particulière de ses rues, le charme de ses édifices XIXème et art nouveau constituent une attraction pas seulement pour les étrangers mais aussi pour les jeunes. Le quartier est également un lieu de mémoire historique. Presque tous ses édifices, toutes ses pierres évoquent le ghetto établi ici en 1944. On y trouve la plupart des monuments à la mémoire des victimes de l'Holocauste et des personnes exceptionnelles qui ont sauvé des Juifs.

La communauté juive budapestoise, numériquement significative, a eu depuis le XIXème siècle un rôle essentiel dans le développement de la vie spirituelle, culturelle et économique de Budapest, dans la formation de son aspect architectural actuel. La capitale ainsi que le pays se doivent de conserver les lieux et les places de ce quartier unique en Europe et soutenir les initiatives culturelles des communautés juives existantes et renaissantes. Ici, contrairement à d'autres villes comme Cracovie, Berlin, on ne doit pas recréer, il suffirait de soutenir le développement des traditions et de la vie culturelle .

Au lieu de détruire les rues caractéristiques, l'ambiance particulière et les fonctions traditionnelles, on devrait chercher - même du point de vue des investissements - les possibilités de développement avec prise en compte à long terme des valeurs architecturales et culturelles présentes, en les utilisant de manière créative - comme dans tant d'autres villes européennes.

Les grandes villes européennes ont résolu différemment, selon leurs caractéristiques spécifiques, le problème de la revitalisation de leurs quartiers juifs détériorés - mais toutes les villes ont résolu le problème en le liant à la tradition et à la culture. Elles ont réfléchi selon un seul point de vue et elles ont agi de la même manière: elles n'ont pas démoli, elles ont réhabilité de manière continue. Si nécessaire, elles ont complété, ont donné un autre sens aux édifices dégradés ou abandonnés. Elles ont rejeté le développement des grands ensembles sans caractère qui apportent des bénéfices à court terme, et elles ont offert leur chance aux nouveaux événements porteurs de culture, aux changements qui respectent et renforcent le passé historique, les traditions religieuses et culturelles.

Il vaut la peine d'examiner les résultats de cette politique à Cracovie, Berlin, Paris, Prague ou dans des villes plus petites (voire dans des bourgs hongrois). Ce type de réhabilitation urbaine a été partout couronné de succès, voire de succès économique. Naturellement le vieux quartier juif de Budapest pose aussi des problèmes semblables à ceux des autres quartiers historiques de la capitale. Parmi ces problèmes, on peut citer le mauvais état de beaucoup d'édifices, les difficultés de circulation et de stationnement, le manque d'espaces verts et la charge pour l'environnement qui en résulte.

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