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24/11/2007

Le sort du vieux quartier juif de Budapest, sa situation actuelle - un article d'Anna Perczel - IV La préservation et la protection du patrimoine culturel

IV - La préservation et la protection du patrimoine culturel

Le patrimoine culturel peut devenir dans la vie des villes le moteur de l'économie, du tourisme et du développement social à long terme, s'il n'est pas sacrifié comme source de profit à court terme (servant les intérêts de quelques personnes seulement). Ces vieux quartiers sont un concentré de tout: tradition, fêtes, culture, religion, histoire, mémoire, qui se matérialisent dans l'ensemble des rues, des édifices et des habitants. En défaisant le tissu de la ville, en faisant disparaître les édifices, en expulsant les habitants, en changeant les rues, tout ça va disparaître. Donc, malgré la mauvaise situation actuelle, on doit suivre le chemin de la préservation et du renouvellement, et non pas celui de la démolition. Les constructions et les modifications doivent être faites en respectant la continuité et en s'adaptant aux vieilles constructions. Cette idée et d'autres similaires se trouvent dans la Charte européenne des villes et territoires de culture et de patrimoine qui a été signée par la Hongrie à Lisbonne.

De plus, la Hongrie s'est engagée concrètement au niveau international à préserver les sites et les quartiers de sa capitale, dont le vieux quartier juif de Pest, qui ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987 puis en 2002.

L'élaboration et l'application du Plan de gestion concernant ces sites et la création simultanée de l'Organisme de gestion font partie de l'obligation assumée au niveau international. Tout ça aurait dû être créé et appliqué dans les deux ans qui ont suivi la date de l'acceptation de l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial. Dans le cas du site du patrimoine mondial qui inclut la rue Andrássy et sa zone de protection, le vieux quartier juif de Pest, ce délai a expiré en 2004.

Bien que le quartier, sous la pression de l’association ÓVÁS! soit devenu en 2004 une « zone d’importance patrimoniale » (Műemléki Jelentőségű Terület , MJT) et que le Plan de gestion ait été élaboré en 2005 (Nagy Bálint, N/N Galéria), en pratique on n'en tient absolument pas compte, pas même au niveau des recommandations, les documents d’urbanisme sont préparés sans tenir compte des exigences formulées dans le Plan de gestion. Les exigences de préservation du Plan de gestion ne sont respectées ni par les architectes, ni par les arrondissements, ni par l'Office du patrimoine culturel au cours du processus d'acceptation des projets d’urbanisme et des permis de construire. En ce qui concerne la création de l'Organisme de gestion, elle n’a même pas été tentée.

Il n'y a aucune protection réelle à l'égard des sites du patrimoine mondial de Budapest, on ne tient pas de registre des modifications, on ne les contrôle pas, on ne les influence pas pour préserver leur valeur. En pratique, tous les édifices qui ne sont pas classés individuellement, peuvent être démolis à tout moment, la protection de la zone est une notion abstraite. Sur les sites du patrimoine mondial il n'y a aucune limitation concernant les démolitions et les constructions nouvelles, à l'exception des monuments historiques eux-mêmes. Les périmètres protégés sont devenus la cible préférée des investisseurs, car ils ont de la valeur et ils sont bien situés dans la capitale. Ils se trouvent donc, paradoxalement moins protégés que les quartiers qui se trouvent hors de ces périmètres.

Le phénomène est plus accentué encore dans le cas du vieux quartier juif de Pest, où, paradoxalement, les démolitions ont augmenté à partir de 2002, c’est-à-dire depuis la date de l’inscription du quartier sur la liste de l'UNESCO comme patrimoine mondial. Cette situation n'a pas été changée par le fait que la réhabilitation du quartier juif dans la préservation de ses valeurs, fait partie aussi du Programme Podmaniczky, programme d’aménagement urbain à moyen terme de la capitale. Les édifices de valeur disparaissent l'un après l'autre, voire des sections de rue entières, et avec eux les gens qui vivent là, les habitudes quotidiennes, la tradition historique et les lieux de mémoire disparaissent aussi, et de nouveaux bâtiments surdimensionnés et sans aucune valeur architecturale font leur apparition. La proportion des modifications dans le cas des blocs intérieurs est de 30-40%, même par endroits de 60%!

Ce processus ne peut être expliqué par aucune circonstance atténuante. Il n'y a pas d'excuse!

Budapest pourrait même perdre facilement son titre de patrimoine mondial. Pourtant il n’y aurait rien d’autre à faire qu’à appliquer la législation et cela rétroactivement) : imposer les exigences et les obligations de préservation formulées dans le Plan de gestion et d’en assurer le suivi, ce qui est aussi une obligation assumée par la Hongrie au niveau international.

Dans le cas du vieux quartier juif de Pest, les plans élaborés pour cette zone (avant ou après 2002) n'ont dans aucun cas été conformes aux exigences formulées à l'égard des sites du patrimoine mondial, même ils les ont violées. Cela aurait pu être évité, si en 2002, quand le périmètre du patrimoine mondial a été élargi, on avait suspendu tous les plans concernant la zone touchée, au moins jusqu'à l'élaboration du Plan de gestion, car on se trouvait face à une situation nouvelle.

Pour éviter la condamnation prévisible à cause de la négligence d'une obligation internationale et pour préserver le quartier comme quartier historique authentique, on ne peut plus ajourner l’arrêt du processus de destruction.

Les conditions d'une réhabilitation réussie sont: le blocage complet des démolitions, la préservation du patrimoine culturel et sa reconstitution graduelle. Mais pour ça on doit agir avec fermeté et immédiatement!

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