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03/02/2008

L'exemple du Marais

"La renaissance du Marais est la grande chance de notre époque. Elle a consisté en un pari audacieux : renverser le cours des choses, revenir en arrière, idée peut-être plus moderne qu’il n’y paraît.

La Commission du Vieux Paris et l’architecte Albert Laparade luttent d’abord seuls. Le 4 août 1962, Michel Debré et André Malraux font voter la loi créant des « secteurs sauvegardés », loi mise au point par le sénateur Jacques de Maupeou et destinée à protéger les centres-villes anciens menacés par la promotion immobilière. C’est à ce moment qu’est sauvé l’hôtel de Vigny et que naît, en 1963, l’Association du festival du Marais, fondée par Michel Raude : son ambition est d’attirer les Parisiens dans le quartier, pour le leur faire (re)découvrir et prouver ainsi le bien-fondé des thèses de conservation. L’engouement est immédiat. En 1965, le Marais devient officiellement secteur sauvegardé, couvrant une zone de 126 hectares. Avec l’expérience de l’« ilôt n° 16 » (1942-1965), c’est la première fois que la logique de transformation de Paris illustrée par Haussmann cède le pas.

Dans ce périmètre désormais contrôlé par un plan établi par trois architectes en chef (Marot, Vitry et Arretche, conseillés par Maurice Minost, qui fit tant pour le Marais), régi par des dispositions juridiques favorisant la rénovation plutôt que la démolition, prenant enfin en compte la notion d’harmonie urbaine, le Marais tente de revivre depuis bientôt quarante ans à l’heure de son glorieux passé, expérience unique dont nous sommes chaque jour les témoins fascinés et parfois désolés devant trop de pierres neuves. La rénovation a évidemment conduit à ce qui était inéluctable : une profonde mutation sociologique, une disparition de l’artisanat et des petits marchés, de l’âme du quartier qu’on sent encore si forte sur les clichés d’Atget au début du XXème siècle. Rodin l’avait dit : « Ne détruisez plus et ne restaurez plus! » Viollet-le-Duc n’est certes pas mort ! et le promeneur attentif serait bien avisé de regarder à deux fois les belles façades qu’il a sous les yeux. Avouons que les hôtel de Sens, d’Aumont, de Jaucourt, d’Albret, Donon et – hélas – de Beauvais ne sont plus que le reflet glacé d’eux-mêmes. Sans parler de l’architecture contemporaine (le plus souvent de l’architecture de promoteurs), qui étale ses impostures ici et là : rue Malher, contre l’hôtel de Lamoignon ; rue des Ecouffes, à l’angle de la rue du Roi de Sicile ; rue des Francs-Bourgeois, face à l’hôtel Hérouet et jusque dans les salons de l’hôtel de Sully… C’est le choc des styles et des époques, tenu pour un progrès. En est-on si sûr ?

1996, date de l’approbation définitive du plan de sauvegarde après trente ans de débats entre la Ville et l’Etat, marque une étape nouvelle dans l’histoire du Marais. Si imparfait soit-il, ce plan protégera sans doute le quartier. Mais ses plus sûrs alliés sont tous les Parisiens, tous les touristes, tous les amateurs du Vieux Paris : l’intérêt du Marais ne décroît pas, c’est là le meilleur encouragement. Que ce guide soit, à sa manière, une pierre à l’édifice."

Le Marais guide historique et architectural Alexandre Gady Le Passage, Paris-New-York Editions, 2002

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