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02/07/2008

Quartier juif de Budapest : son histoire urbaine jusqu'à ce jour par Anna Perczel (9/10)

Les temps récents (2004–2007)

En 2004 s’est formée l’Association ÓVÁS!, une organisation de citoyens vouée à protéger l’ancien quartier juif de Pest menacé de destruction. Parmi ses membres et supporters se trouvent des architectes, des urbanistes, des sociologues, des économistes, des historiens, des cinéastes, des photographes, des écrivains, des journalistes, des étudiants et des représentants de bien d’autres professions.

La première action de cette initiative de citoyens était, en juin 2004, une pétition distribuée par l’internet, protestant contre la démolition des bâtiments de valeur historique de l’ancien quartier juif. En peu de temps, plus de deux mille personnes se sont jointes à la pétition, en signant une lettre ouverte adressée au Président de l’Office de la Protection du Patrimoine Culturel et demandant la protection provisoire, à titre de monument historique, des rues et des bâtiments du territoire menacé, en vue d’une future déclaration de protection définitive. Parallèlement, cette organisation non-gouvernementale a utilisé tout moyen et occasion légitimes pour attirer l'attention de l’opinion publique sur les conditions inacceptables régnant dans le quartier. Des manifestations, des conférences de presse, des expositions, des films, des colloques et des promenades commentées de quartier étaient organisés, plusieurs imprimés étaient publiés. Les promenades de quartier organisées par l’Association ont eu beaucoup de succès. Au cours de ces tours beaucoup ont pris connaissance des rues, des maisons qui nous rappellent les périodes les plus heureuses et les plus tristes de cette communauté.

Les colloques, les publications et les actions de l’Association ont attiré non seulement l’attention nationale, mais aussi celle du public international. Les efforts d'ÓVÁS! sont soutenus par des sympathisants à Prague, Cracovie, Berlin, Barcelone et surtout à Paris.
En 2004, peu après l’intervention de l’Association ÓVÁS!, le président de l’Office de la Protection du Patrimoine Culturel a décrété une protection provisoire du territoire ; puis, à partir de 2005, le Ministre de la Culture a enjoint une protection définitive à titre de « zone d’importance patrimoniale » au quartier juif, connu comme « zone tampon » du territoire du patrimoine mondial de l’avenue Andrássy. Qui plus est, durant l’an 2005, 51 bâtiments ont été déclarés monuments historiques, entre autres huit maisons d’habitation qui, faute de cette protection individuelle, auraient été démolies. Sous l’influence des protestations, le Conseil Municipal du quartier a renoncé à la création de nouvelles arcades dans la rue Dob, et a épargné de la démolition la maison de passage menant à la synagogue de la rue Rumbach Sebestyén.
En l’an 2005, l’Association ÓVÁS!, reconnaissant le fait que ni la protection territoriale du quartier, ni les protections individuelles des maisons n’avaient été capables d’arrêter la démolition du quartier, qui allait en s’accélérant, a adressé une lettre, au Directeur du Patrimoine Mondial de l’ UNESCO, pour l’informer sur le danger imminent de la situation; l’Association a également demandé l’envoi d’une mission d’expertise pour ouvrir une enquête sur les événements qui se déroulent dans le quartier. Dans sa réponse, le Directeur du Patrimoine Mondial a spécifié que l’UNESCO n’avait reçu préalablement aucune information et que c’était le devoir de l’État hongrois d’assurer la protection du quartier. Cependant, étant donné qu’aucun changement positif ne pouvait être observé par la suite, en 2006 l’Association ÓVÁS! a informé l’UNESCO une deuxième fois sur la situation, cette fois-ci en employant des plans du quartier et des photos pour démontrer le caractère et l’envergure des changements.

Par suite de l’intervention d'ÓVÁS! une nouvelle enquête intense a commencé sur les valeurs patrimoniales du quartier. En résultat de celle-là de nouveaux bâtiments ont reçu la protection due au patrimoine, parmi lesquels quelques maisons destinées à la démolition. Au début de l’an 2007, pendant plusieurs mois, ÓVÁS! menait une lutte acharnée pour sauver la maison 40 rue Király, construite en 1844. En cet effort ÓVÁS! était soutenue par plusieurs organisations civiles, ainsi que par le Maire de Budapest qui, selon les règles en vigueur, n’a pas le droit d'intervenir directement. Finalement, cette démolition illégale était arrêtée par les autorités.

Au delà de la protection du quartier et de ses bâtiments, l’Association vise également la rénovation et la revitalisation du quartier sur la base d’une conception qui tiendra en considération les caractéristiques urbaines et culturelles du quartier, formées durant deux siècles, ainsi que les traits de la texture urbaine et des rues, n’oubliant pas non plus les habitants du quartier. Ces buts pourraient être accomplis en incluant dans les travaux une entreprise de gestion des réhabilitations. Pour pouvoir arriver à ces buts, depuis 2004, l’Association a continuellement demandé aux Conseils Municipaux de la capitale et du 7ème arrondissement, ainsi qu'à l’Office de la Protection du Patrimoine Culturel, d'arrêter complètement les démolitions, de geler l’émission des permis, de déclarer une interdiction de changement, d'élaborer une nouvelle réglementation fondée sur un programme de réhabilitation pour la protection des valeurs et, enfin, de créer une agence de programmes et une organisation de gestion de réhabilitation.

Malgré tous ces efforts, les nouveaux plans commandés par le 7ème arrondissement élaborés en 2005 et 2006 pour les quatre îlots entre la rue Király et la rue Dob, ainsi que pour les environs de la place Klauzál, ont été faits selon l’ancienne attitude et avec les anciennes règlementations.

Dans la proximité immédiate de la synagogue de la rue Dohány, qui est – rappelons-le – un monument historique, l’Office de la Protection du Patrimoine Culturel a donné la permission de la construction d’un ensemble de bâtiments en volume oppressant, type HLM. Cette construction sera bien visible de la cour de la synagogue, où sont situés les monuments des victimes de la Shoah et de la mémoire.

Malgré l’attention internationale qui s’est tournée vers ce qui se passe dans ce quartier, et malgré la protection nationale et internationale, due à la « zone d’importance patrimoniale », d’une part, et à la « zone tampon du patrimoine mondial », d’autre part, malgré le fait bien connu qu’en Europe chaque quartier juif historique a été réhabilité dans les dernières décennies, l’évacuation des habitants, la démolition des maisons et la construction des immeubles massifs de type HLM se poursuivent sans rencontrer d’obstacle majeur.
En raison de l’insensibilité des autorités hongroises et du pouvoir des intérêts financiers en jeu, on est arrivé au point où cet ensemble architectural et historique exceptionnel, le domicile, dans les deux derniers siècles et même aujourd’hui, d’une des plus grandes communautés juives en Europe, ce quartier où, en 1944, malgré toute l’horreur du nazisme, malgré la transformation de l’ensemble en ghetto, les maisons et les rues et avec celles-ci une histoire de deux siècles étaient toujours préservées, ce quartier donc risque de disparaître en quelques années.

Jusqu'à ce jour l’Association ÓVÁS! n’a pas pu obtenir qu’un programme de réhabilitation soit élaboré et qu’une organisation de gestion de réhabilitation soit établie ; cependant, par pression du Conseil municipal de Budapest, le Conseil municipal du 7ème arrondissement a commandé un plan d’aménagement unifié pour le quartier. (Selon les lois en cours, la compétence de faire faire leur propre plan d’aménagement relève des arrondissements.)

Entre temps, une coopération intense s’est mise en place entre ÓVÁS! et l'association des Mardis hongrois de Paris. Quand ÓVÁS! a écrit une nouvelle lettre à l’ UNESCO en 2007, les Mardis hongrois de Paris, présidé par M. Jean-Pierre Frommer, s’est joint en envoyant aussi une lettre et en y ajoutant une pétition. La pétition que Mardis hongrois de Paris a lancée, adressée à l'organisation internationale pour la défense du quartier juif, a été signée par plus de 380 membres importants de la vie publique, scientifique et artistique française.

Par suite de cette action conjointe, une mission d’expertise de l’UNESCO et de l’ICOMOS s’est rendue à Budapest, du 5 au 7 novembre 2007. L’expert envoyé par l’ UNESCO était M. Michel Polge, Architecte Urbaniste en chef de l’Etat. M. Polge va vous faire connaître les résultats de cette mission, en vous racontant ses impressions, ainsi que le contenu de son rapport et ses recommandations soumis à l’UNESCO.

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