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03/07/2008

Quartier juif de Budapest : son histoire urbaine jusqu'à ce jour par Anna Perczel (10/10)

Que s'est-il passé depuis la visite de M. Michel Polge et la publication de son rapport ?


Après la mission d’expertise (entre les 4 et 7 novembre 2008), mais encore avant la publication officielle du rapport, le Maire du 7ème arrondissement de Budapest et le Président de l’Office de la Protection du Patrimoine Culturel ont donné une conférence de presse conjointe, où ils ont annoncé qu’ils allaient décréter une interdiction de changement pour la période entre le 1er février et le 31 mai 2008 pour le territoire classé de Elisabethville-centre, ceci afin de permettre que les résultats de l’enquête sur les valeurs patrimoniales puissent être incorporés dans le plan d’aménagement du quartier avant l’adoption officielle du projet de réglementation (le 5 mars 2008). A la même occasion, le Maire du 7ème arrondissement a déclaré que, du fait que ce quartier possédait des valeurs exceptionnelles, lui-même allait proposer sa protection en tant que « patrimoine mondial » au lieu d’être simplement classé comme « zone tampon du patrimoine ». Étant donné que les délais du moratoire expireront avant la fin du processus de mise-en-accord de l’enquête sur les valeurs patrimoniales et du plan d’aménagement, le Conseil municipal du 7ème arrondissement a prolongé le moratoire d’ encore un mois (depuis jusqu’au 31 septembre).

Plus tard, les représentants d'ÓVÁS ont rencontré M. Tamás Mezős, pour savoir, entre autres, ce qu'il a l'intention de faire, par exemple les négociations avec les investisseurs, dans les cas où des autorisations avaient déjà été données, recommandées par M. Polge avaient-elles débuté ? Toutefois, le président du KÖH ne souhaite pas engager de tels accords. Il considère que son seul devoir consiste à examiner les immeubles individuellement, ce qui est même achevé, mais personne n'en a reçu les résultats, ni la capitale, ni l'arrondissement, ni l'auteur du projet, ni ÓVÁS!
En connaissance du plan d’aménagement envoyé pour être mis en accord avec l’enquête et connaissant les évènements qui se déroulent dans le quartier sauvegardé – entre autre les ventes des immeubles – on doute que le changement d’attitude promis et tant espéré soit réalisé dans un futur proche.

Pourquoi dis-je cela? Pour les raisons suivantes : 
-    Les démolitions et les travaux de constructions se poursuivent – en l'absence de négociations – sans interruption selon les permis et consultations préalables
-    Les ventes des immeubles (propriétés de l’arrondissement) continuent même ces jours-ci, tout ca  malgré le moratoire et encore avec les anciennes conditions  
-    Selon le plan soumis à la consultation publique, les coefficients maximum d’occupation du sol sont toujours aux valeurs de 4.5-6, alors que la densité maximum du bâti est de 70-80%, avec une surface verte minimum de 10-15%.
Le plan a l’intention de réglementer le volume du bâti  par la limitation de la hauteur de corniche, la définition des hauteurs des étages et de la proportion des cours. Cela signifiera qu’au-dessus du sol on pourra bâtir moins et en moindre hauteur, mais on donnera la main libre aux constructions sous le sol.

L’enquête sur les valeurs patrimoniales et les recommandations relatives étaient achevées le 22 février 2008. Cependant, le Président de l’Office de la Protection du Patrimoine Culturel n’était pas satisfait des résultats de l’enquête, en sorte qu’il les a fait rédiger à nouveau, afin de relâcher une partie des restrictions proposées pour assurer la préservation du patrimoine. Cependant, le plan soumis à la consultation publique a complètement ignoré les recommandations originales, et aussi celles altérées par le Président.

En un appendice spécial, le plan réglemente les possibilités de démolition des bâtiments qui ne sont pas spécialement protégés. La démolition dépendra d’une enquête détaillée sur les valeurs architecturales ; cependant, cette enquête se limiterait à la façade et à l’aile près de la rue et ne s’étendrait pas aux ailes ou aux cours et jardins intérieurs. Qui plus est, cette réglementation ne s’étendrait pas au territoire entier d’Elisabethville-centre, mais seulement à la partie déjà sous protection, jusqu’à la place Klauzál. Le plan n’interdit pas la démolition ultérieure des bâtiments construits avant 1945, prévoit même des démolitions concrètes, surtout des ailes intérieures des bâtiments.
A plusieurs endroits des accords préalables ont vu le jour avec les autorités compétentes en matière d'autorisation. Selon le plan d'aménagement et les accords préalables du côté VIIème arrondissement, on peut s'attendre à la démolition des ailes intérieures d'au moins 14 bâtiments, parmi lesquels il y a même 4 monuments historiques. Cela signifie que pour ces bâtiments il ne restera que la façade et la première structure. A côté de cela le plan d'aménagement prévoit toujours la démolition complète de 3 bâtiments. Les travaux de construction peuvent démarrer à plus de 50 endroits à côté des immeubles neufs construits jusqu'à maintenant depuis 2002, partiellement à l'emplacement des immeubles dont la démolition est prévue et pour l'autre partie sur les terrains déjà vides. (Depuis 2002, du côté VIIème arrondissement du quartier on a démoli 15 bâtiments, du côté VIème arrondissement on en a démoli 5. Certaines n'ont conservé que leur façade et la première structure sur rue.

Dans les cas où la permission préalable a déjà été donnée ou un accord a été signé avec l’investisseur, des ailes internes de 7 ou 8 étages pourront être construites à la place des ailes de 2-3 étages déjà démolies ou destinées à la démolition ; la densité du bâti pour ces nouvelles constructions est 70-80%, le coefficient d'occupation du sol est 4,5-6, indépendamment de la nouvelle réglementation (c’est précisément une telle construction qui est en train d’être effectuée dans la proximité de la synagogue de la rue Dohány).
Les constructions impliquent celles des parkings souterrains, ce qui induit la destruction de plusieurs jardins de grande valeur, et met en péril, ou cause l’abattage de beaucoup d’arbres précieux. Dans le nouveau projet on ne parle pas de la protection des arbres et des jardins ; à des propositions selon lesquelles une telle protection devrait être incluse, la réponse est invariablement que cette question devra être traitée séparément du projet.

A plusieurs endroits, le plan prévoit l’unification de deux ou même quatre parcelles à construire.
Dans le cas des îlots de grandes dimensions, où il serait aisé de former, à l’intérieur de l’îlot, des grandes surfaces vertes ou parcs publics, le plan n’utilise que très rarement cette possibilité unique et exceptionnelle, la cour à usage sportif d'une école et aussi le jardin d'une crèche ont été bâtis à 70 %, et il ne reste plus qu'un tiers du terrain de jeux de la rue Király, créé il y a peu de temps.

Les prescriptions du plan ne contiennent pas des recommandations pour la qualité architecturale en cas de nouvelles constructions, par exemple l’obligation de procéder à un concours architectural.

Après avoir mentionné ces problèmes, il faut y ajouter le problème le plus important, à savoir que le 7ème arrondissement a rangé les dispositions du plan selon deux phases. Ainsi, les dispositions limitant le volume des bâtiments ne seraient pas acceptées pendant la première phase qui, après la consultation publique prescrite, serait bientôt validée, mais seulement pendant la deuxième. Cela signifie que, si le plan d’aménagement est accepté, presque rien ne changerait quant à la nature et au rythme de la transformation du quartier. Le prétexte pour délayer l’entrée en vigueur des dispositions de la deuxième phase est qu’il faut attendre que tous les arrondissements voisins acceptent les mêmes réglementations. Cependant, cela signifie que tout serait remis indéfiniment. C’est le point saillant que même le Conseil municipal de la capitale et l’Office de la Protection du Patrimoine Culturel, qui, par ailleurs, étaient pratiquement satisfaits avec le plan, ne pouvaient pas accepter, en disant qu’ainsi le projet, à l'étude depuis deux ans, perdra tout son sens.
             
En raison de ces évènements, le 29 mai 2008, Imre Ikvai-Szabó, adjoint au maire de Budapest, a soumis une proposition de déclarer, cette fois-ci au niveau du conseil municipal de la capitale, un moratoire des constructions pour tout le territoire du quartier juif, étant donné que rien n’indique une volonté, de la part de l’arrondissement, de prendre en considération les opinions de la capitale et celui de l’expert de l’UNESCO. Cependant, du point de vue légal, la capitale a très peu de marge pour agir. L’un des possibles moyens à sa disposition serait l’interdiction de changement, déclarée au niveau de la capitale. Un tel moratoire pourrait être déclaré dû au fait que les changements récents dans l’évaluation des valeurs patrimoniales des bâtiments du quartier juif ne sont pas encore introduits dans le plan d’aménagement général de la capitale. Étant donné que le plan d’aménagement de l’arrondissement doit être compatible avec celui de la capitale, il est parfaitement possible de déclarer une interdiction de changement jusqu’à ce que le plan de la capitale soit modifié. Selon l’article 21 de la loi sur le bâtiment, un tel moratoire peut être déclaré pour la durée d’au moins trois ans. Pendant ce temps on peut élaborer les stimulants économiques facilitant la réhabilitation et créer une société de projet de réhabilitation, ce que l'expert de l'UNESCO, M. Polge recommandait aussi après sa visite de l'automne dernier. C'est ce qui figurait dans sa présentation.

Cette recommandation sous forme d'une motion présentée par Imre Ikvai-Szabó a été rejetée par les élus de la capitale qui se sont ralliés majoritairement ou par l'abstention aux arguments de György Hunvald, maire du VIIème arrondissement qui s'y opposait.. 
Pour estimer les perspectives futures du quartier, ce vote mérite une brève analyse. A l’exception du parti libéral (des Libres démocrates) les députés ont voté selon la discipline de parti. Le parti gouvernant, les Socialistes, ont unanimement voté contre la proposition de M. Ikvai-Szabó ; l’opposition conservatrice, les Jeunes démocrates, se sont abstenus du vote ; les Libres démocrates ont voté individuellement, selon leur conscience. Le résultat de ce vote montre clairement qu’à présent il n’existe pas de force politique majeure en Hongrie qui serait prête à embrasser la cause du quartier juif. Seule une intensification de la pression internationale sur la Hongrie pourrait opérer le changement tant attendu.  
Budapest, le 5 juin 2008

Anna Perczel
                                                                                           
Architecte – urbaniste
(texte traduit par István Perczel) 

Ce texte est une partie d’une conférence, dont le titre est „L’ancien quartier juif de Budapest, le développement historique et la situation actuelle”, qui fut donnée par Anna Perczel, architecte-urbaniste, membre fondateur de l’Association ÓVÁS!, à l’occasion de la conférence du 5 juin 2008, à Paris, organisée par l'O.N.G. Urbanistes Sans Frontieres (USF). Les autres conférenciers de la soirée dans l'ordre d'intervention étaient Jean-Pierre Frommer, le Président de l'association des Mardis hongrois de Paris, Michel Polge, architecte-urbaniste en chef de l’Etat, chargé de mission de l’UNESCO–ICOMOS et Maggie Cazal architecte, la Présidente d'Urbanistes Sans Frontières. La conférence a eu lieu à l’Institut hongrois de Paris.
Le texte intégral de l'intervention d'Anna Perczel peut être téléchargé ici  => "L'ancien quartier juif de Budapest, le développement historique et la situation actuelle"

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