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04/07/2008

Les Mardis hongrois de Paris à la conférence du 5 juin 2008 à l'Institut hongrois de Paris

Intervention de Jean-Pierre Frommer, président de l'association des Mardis hongrois de Paris, à la conférence organisée à l'Institut hongrois de Paris par l'O.N.G. Urbanistes sans frontières le 5 juin 2008

I - Remerciements
Je voudrais remercier Maggie Cazal qui a apporté son soutien à la bataille pour la sauvegarde d'un patrimoine culturel de grande valeur, la défense du quartier juif de Budapest. Non seulement elle a bien voulu signer la pétition adressée au Directeur du Patrimoine mondial de l'UNESCO, mais elle a décidé avec l'association USF d'organiser cette conférence pour sensibiliser les urbanistes et au-delà, les femmes et hommes de bonne volonté, sur les problèmes de sauvegarde du patrimoine de Budapest et plus généralement sur les problématiques de patrimoine et de renouvellement urbain.

Merci aussi à András Derdák, directeur de l'Institut hongrois d'avoir accepté d'héberger cette conférence dans un lieu symboliquement important puisque c'est en quelque sorte l'ambassade de la culture hongroise en France. Et ce sera peut-être aujourd'hui l'occasion de nouer des relations pour de futures expositions sur le thème de l'urbanisme et de l'architecture hongrois.

Merci à Anna Perczel, architecte-urbaniste, pour laquelle j'ai une grande admiration en raison du combat difficile, acharné, tenace qu'elle mène depuis plusieurs années pour la sauvegarde du quartier juif de Budapest.

Et merci enfin à M. Michel Polge, architecte-urbaniste en chef de l'Etat qui apportera, je suppose, son témoignage impartial sur ce qu'il a vu à Budapest en tant qu'expert missionné pour le compte de l'UNESCO par Budapest-capitale et le comité hongrois du Patrimoine mondial et qui je crois présentera les recommandations qu'il a faîtes aux autorités hongroises. J'ai lu son rapport publié en hongrois et pour ma part j'adhère complètement à ses conclusions. Malheureusement... Mais nous y reviendrons.

II - Présentation des Mardis hongrois de Paris
Je me présente, je suis le président de l'Association des Mardis hongrois de Paris.
J'ai constitué cette association avec quelques amis, il y a presque 5 ans. Sa vocation première est simple. C'est celle de se retrouver entre Hongrois, personnes d'origine hongroise ou hungarophiles dans un café tous les 15 jours pour bavarder. Parfois, nous organisons une présentation de livre, une discussion avec un artiste plasticien, de cinéma, etc. ayant un rapport avec la culture hongroise. Et parfois nous organisons ou nous soutenons des manifestations plus importantes, ici à l'Institut hongrois autour de la culture hongroise. La dernière en date était avec des psychanalystes pour l'acquisition d'un patrimoine, déjà, l'appartement de Sándor Ferenczi, ami de Sigmund Freud et pionnier de la psychanalyse.

Je suis personnellement, d'origine hongroise, né en France, très éloigné de toute idée nationaliste, mais je dois admettre un certain patriotisme culturel tant hongrois que français. Je suis assez fier de ces deux cultures qui constituent mon patrimoine. Je souhaiterais transmettre cette immense richesse aux générations futures. Mes parents m'ont fait l'immense cadeau de la langue hongroise et un peu de la culture hongroise. Voilà pourquoi, lorsque j'ai appris, puis constaté de mes propres yeux que l'un des quartiers de Budapest, chargé d'histoire, de culture, de richesses architecturales et urbanistiques, le vieux quartier juif de Budapest était livré aux démolisseurs, j'ai été attristé. J'ai été attristé et révolté parce que ce quartier faisait partie de l'environnement de ma famille dont l'essentiel habitait le quartier voisin le VIème arrondissement. En fait, j'ai appris la chose, par les échos que j'ai eus du difficile combat d'une association, l'association Ovás! dont Anna Perczel ici présente est l'une des fondatrices.

Le combat qu'elle mène c'est le combat de la civilisation contre la bêtise et la cupidité.

III - L'action des Mardis hongrois de Paris
Quelques mots pour expliquer l'action entreprise par l'Association des Mardis hongrois de Paris.
J'ai été sensibilisé par cette question il y a tout juste 4 ans en juin 2004 par un article paru dans Libération, et sur RFI en juillet et encore dans l'Express sous la plume de Florence La Bruyère. En voici un extrait :
"Au coeur d'Erzsébetvaros, un vieux quartier de Budapest, l'ancienne demeure d'un orfèvre était loin d'être insalubre, malgré une façade en mauvais état. Ses balcons aux ferronneries délicatement ouvragées en formes de losange, son escalier de pierre orné d'une rampe stylisée, et ses fenêtres en arcs de cercle aux huisseries d'époque témoignaient de l'âge d'or de l'Art nouveau magyar. Et, chose rare, la manufacture de l'orfèvre, attenante, était intacte. Pourtant, vendu par la municipalité à des promoteurs, l'ensemble va être rasé."
Mais en relisant ces articles et les divers épisodes des batailles qui ont été menées depuis 2004, on a le sentiment d'une guerre de tranchées sans fin dont les soldats décimés seraient les immeubles de valeur démolis et les habitants chassés.

J'ai cherché avec mes faibles moyens à aider l'association Ovás! Mais comment faire ? Après quelques démarches isolées et sans succès auprès de personnalités politiques, j'ai momentanément renoncé. Puis, un jour en janvier 2007, avec Suzanna Szabo, l'une des fondatrices des Mardis hongrois de Paris, nous avons décidé de tenter une pétition en direction du Directeur du Patrimoine mondial de l'UNESCO. Car, il faut le préciser le quartier juif de Budapest se situe dans la zone dite tampon de l'Avenue Andrássy inscrit au patrimoine mondial. Et cette pétition a rencontré une adhésion qui nous a surpris nous-mêmes, auprès des personnalités des arts et lettres d'origine hongroise vivant à Paris. Certaines personnes ont décidé de faire signer cette pétition elles-mêmes dans leurs réseaux professionnels : avocats, architectes, psychanalystes, psychiatres, écrivains, traducteurs, etc.

Forts de ces signatures, nous les avons envoyées à M. Francesco Bandarin Directeur du Centre du Patrimoine Mondial de l'UNESCO, qui, il faut le dire, jusque là n'avait pas répondu aux différentes alertes exprimées par l'association Ovás! M. Bandarin a demandé à la délégation hongroise de l'UNESCO de lui rendre des comptes sur la situation du patrimoine mondial de Budapest.

En mai 2007, M. András LAKATOS, ambassadeur de Hongrie auprès de l'UNESCO m'a reçu, m'a assuré de son soutien et devant moi a téléphoné au Comité hongrois du patrimoine mondial. Le Comité hongrois du patrimoine et Budapest-capitale étaient prêts à financer une mission d'expertise de l'UNESCO. C'est Michel Polge, qui a été missionné par ICOMOS-International à Budapest début novembre 2007.
Le rapport de cette mission a été publié en mars 2008, en langue hongroise sur le site de l'Office de protection du patrimoine culturel hongrois. Personnellement, je suis complètement d'accord avec ce rapport et ses recommandations. Je laisse le soin à M. Michel Polge d'en exprimer les grandes lignes. Les décideurs hongrois (maire du VIIème arrondissement et président de l'Office de protection du patrimoine) étaient d'accord aussi, mais ils se sont empressés de le contourner. Le Maire du VIIème a même eu l'affront de déclarer dans une conférence de presse que l'expertise n'avait rien inventé, que tout avait été déjà dit par lui.

Le seul problème est qu'à mon avis, les recommandations de M. Michel Polge n'ont pas été respectées. Les autorités compétentes ont fait mine de mettre en oeuvre les recommandations pour mieux s'asseoir dessus, voire s'en sont servi comme argument pour poursuivre les démolitions.

Pendant ce temps, au cours du premier trimestre 2008, nous avons poursuivi notre action par différents moyens.
Nous avons adressé une lettre ouverte au Président de la République et au Premier ministre hongrois ainsi qu'au maire de Budapest. Le Président s'est déclaré incompétent pour des raisons constitutionnelles, le Premier ministre a transmis au service compétent (l'Office de protection du patrimoine) qui ne nous a pas répondu. Seul le Maire de Budapest nous a fait une longue réponse dont la conclusion est étonnante. Aidez-nous à exercer une pression sur le Maire du VIIème arrondissement qui n'en fait qu'à sa tête, disait-il en substance.
Ces lettres ouvertes ont largement été relayées dans la presse écrite et radiodiffusée hongroises y compris nationale.
J'ai rédigé un article qui a été publié dans Le Monde du 24 janvier 2008 sous le titre « Halte à la destruction du quartier juif de Budapest », article qui informait sur la situation dramatique du quartier et qui a aussi suscité un écho indéniable dans la presse hongroise.
Enfin, une interview que j'ai accordée à Julia Cserba pour l'hebdomadaire culturel Elet és irodalom a reçu un écho international puisque j'en ai trouvé des extraits sur divers sites allemand, slovaque, polonais, brésilien et y compris dans le New-York Times.

Mais, mais, mais, ... le scandale international ne parvient pas à infléchir la bêtise et la cupidité ni à faire changer radicalement les choses, alors nous allons continuer.

Remerciements à Julia Cserba, Suzanna Szabo et aux avocats, psychanalystes, urbanistes-architectes, artistes plasticiens, écrivains, femmes et hommes de bonne volonté qui ont soutenu notre initiative.

IV - Présentation du livre d'Anna Perczel
Je voudrais dire un mot du très beau livre d'Anna Perczel « Védtelen örökség – Unprotected héritage » qu'on pourrait traduire par Patrimoine sans protection.

On trouve dans la première partie de ce livre une histoire très bien documentée de l'urbanisation du vieux quartier juif, dont la genèse remonte à une urbanisation spontanée dés le XVIIIè siècle, mais aussi à l'émancipation des juifs, dont la présence n'était pas tolérée en centre-ville et qui n'avaient le droit de pratiquer le commerce environ trois fois par an que sur des marchés extérieurs aux limites de Pest dont l'un se situait précisément sur une place qui jouxte l'actuel quartier juif. A noter aussi d'autre part l'essor de la bourgeoisie du XIXè siècle avec l'arrivée d'Autrichiens, Allemands, Moraves, « Grecs » entre guillemets qui englobaient en réalité des Serbes, Macédoniens, Roumains, Grecs et Arméniens. Toute cette population s'est installée progressivement autour d'un axe constitué par la rue Király pour construire le quartier juif qu'on a connu encore jusqu'à ces dernières années. Je schématise bien sûr. Lisez le livre, il explique tout ça beaucoup mieux que moi.
Anna Perczel nous montre la spécificité des immeubles du quartier avec de nombreux passages dans les immeubles qui permettaient de relier les rues. Des caves immenses qui se déploient sous les cours. Les bâtiments à usage mixte habitation, artisanat, commerce et petites industries qui permettraient aujourd'hui, s'ils n'étaient pas démolis de disposer de structures et d'espaces très intéressants à réutiliser.
La seconde partie est une description, rue par rue d'un choix d'une centaine d'immeubles (sur les 365 du quartier). Le critère de choix s'est porté sur les immeubles les plus exposés, ainsi que sur les spécificités du quartier et de sa population juive y ayant vécu ou y vivant encore. Chaque immeuble est présenté avec de belles photos et un long commentaire comprenant sa date de construction, l'architecte l'ayant conçu et ses spécificités architecturales.

C'est un livre d'une grande richesse documentaire et historique sur le plan architectural et urbanistique et un merveilleux guide pour se perdre dans les rues du quartier juif de Budapest.

Présentation du livre d'Anna Perczel à la Boutique des Ecrivains de Budapest
La présentation d'"Héritage sans protection", le livre d'Anna Perczel, le 28 mai 2008 à la Boutique des Ecrivains à Budapest. (Traduction d'un article de presse)

Le livre a été présenté par Imre Ikvai-Szabó, Géza Komoróczy et György Konrád
L'auteure a remercié ses collaborateurs, Gyöngyvér Török l'éditeur, Géza Komoróczy auteur de la préface, Endre Lábas le photographe du livre et Budapest-capitale pour l'aide apportée à la publication de ce livre. Elle a expliqué qu'il convenait de traiter et conserver le quartier juif dans son unité et dans sa totalité; la conservation du passé selon elle est la base de la construction du futur. Elle a parlé avec reconnaissance de l'association des Mardis hongrois qui, en France, soutient le combat pour la sauvegarde du quartier juif.

Imre Ikvai-Szabó, Maire-adjoint, qui selon son propre aveu est complètement de parti pris à la fois pour l'affaire [du quartier juif] et pour l'auteure, a parlé de l'absence de protection du quartier juif. A ce sujet, il a dit que le jour suivant la présentation du livre, il proposerait une motion devant le Conseil Municipal de Budapest, qui mettra en avant un pas radical : la promulgation par Budapest-capitale d'un moratoire sur les démolitions-constructions dans le quartier juif, jusqu'à la réalisation d'un nouveau règlement d'urbanisme. Il a particulièrement souligné le bilinguisme (hongrois et anglais) du livre, qui pourra ainsi porter l'information sur cette partie de ville dans le monde.

Géza Komoróczy (historien spécialiste en études juives) a parlé du quartier juif en précisant que ce territoire n'avait jamais revêtu un caractère de ghetto, ainsi la population juive pouvait exister, vivre ici comme partie organique de la population de la ville. Il a fait l'éloge du style global du livre, de sa précision, de sa documentation; il en a dit que c'était un exemple d'écriture micro-historique.

György Konrád (romancier, ancien directeur du Pen Club International) a vu dans le livre publié, la précision lyrique et le goût raffiné qui le traverse tout entier. Il était d'avis que ce volume pouvait être la porte ouverte à l'individualisation de l'histoire. Il a parlé aussi de son vécu rattaché au quartier: en 1945, après la libération de Pest, la recherche des membres de sa famille dans l'hôpital du ghetto de la rue Wesselényi, plusieurs années plus tard ses visites dans le quartier en tant qu'inspecteur pour la défense de l'enfance. Il a dit que sa prise de conscience progressive des beautés de cette partie de la ville, il la devait à Anna Perczel.

V - Remerciements à Giselle Estivie et Juliette Guilbaud de l'association des Mardis hongrois de Paris, pour avoir accepté de tenir le stand librairie où vous trouverez en sortant le livre d'Anna Perczel

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