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21/12/2008

Erzsébetváros

La traduction d'un article signé Iván Bächer dans Népszabadság du 20 décembre 2008

Il exprime malheureusement mais très précisément les données du problème qui sous-tend la destruction du patrimoine hongrois

"Ces derniers jours, je viens de relire le beau livre d'Anna Perczel "Védtelen örökség" (Patrimoine sans protection). Je l'avais déjà parcouru l'an dernier quand il était paru, mais là, à entendre les informations, je l'ai pris en main, et je l'ai relu, jusqu'au bout, méthodiquement, de la première lettre jusqu'à la dernière.

Le volume, édité l'an dernier, par les soins de la municipalité de Budapest, illustré de façon circonstanciée, par les magnifiques photos de Endre Lábass, contient la description de cent vingt trois maisons d'Erzsébetváros-centre. On peut apprendre quand le bâtiment a été construit, qui l'a conçu, dans quel style, quelles transformations il a subi, ce qu'il y avait à l'intérieur, et ce qu'il y a aujourd'hui, qui l'ont habité autrefois, et qui l'habitent ou ne l'habitent pas aujourd'hui. Si toutefois, la maison existe encore. Car souvent elle n'existe plus.

J'ai lu le tout d'un trait comme un roman. Car, aussi bien, c'en est un. C'est le roman d'un pan de la ville, c'est un livre d'histoire, mais ce n'est pas que cela, car en même temps il est palpitant, émouvant et finalement affligeant, car c'est un vrai polar.

Il parle de la manière de voler une ville. Faire main basse sur des maisons séculaires, expulser ses habitants, détruire les maisons, à leur place en édifier des laides, sans caractère, inappropriées au secteur et combiner le tout, qu'en même temps pas un centime ne sonne dans les caisses de l'arrondissement.

A travers les pages du formidable livre d'Anna Perczel, se dessine précisément comment et par quel moyen les différents groupes d'intérêts se sont partagés le territoire. Telle S.A.R.L. fait un tabac avec l'épouse de son architecte dans l'une des rues, l'autre holding reçoit l'autre pâté de maisons avec sa propre équipe, la troisième société anonyme la suivante, et ainsi de suite. Avec quelques miettes pour l'ex-dirigeant de la communauté juive.

Par ailleurs, dans toute l'histoire - pour aussi l'exprimer délicatement - l'Office de protection du patrimoine culturel (KÖH) a joué, et joue, un jeu bizarre, dans lequel il renonçait avec une grande facilité à des bâtiments d'une valeur réelle.

Les braves dirigeants du septième arrondissement ont pesé leur ville au kilo.

Il faut mettre l'accent sur le fait que ce n'est pas d'aujourd'hui que la lumière s'est faite sur tout cela : l'association Óvás! et ses membres ensemble et séparément se battent depuis des années contre la destruction de la ville et ils affirment depuis des années que ce qui se passe est un vrai crime et n'est pas seulement criminel sur le plan du droit, mais également sur le plan de la morale et de la politique.

Le dénommé quartier juif n'était pas seulement un quartier juif, mais le théâtre de la vie de Grecs, Roumains, Serbes et de plus en plus de Tziganes qui se côtoyaient paisiblement. La cour Gozsdu aurait pu donner l'occasion sans équivalent, sur la base de projets déjà existants - bien sûr associatifs - que prenne naissance en cet endroit le centre culturel des Roumains de Hongrie, le maintien des liens entre Hongrois et Roumains, leur appartenance commune au plan symbolique et sur le terrain réel et des institutions. Soit dit en passant c'était la demande de la fondation Gozsdu et de l'Etat roumain, et même leur revendication.

Bien sûr les représentants du septième arrondissement ne s'occupaient pas de telles vétilles. Eux étaient compétents à effacer le passé, à l'extraction des racines.

Les « gardiens » du quartier juif n'étaient même pas capables de protéger les vestiges mémoriels du mur du ghetto d'autrefois. Pourtant cela leur a été demandé, cela leur a été exigé et cela n'aurait rien coûté. Seule, l'histoire se serait diffusée de là, le passé, la mémoire. Les seigneurs de l'arrondissement n'ont rien à voir avec de telles choses.

Ce quartier aurait pu devenir une curiosité du tourisme étranger sans équivalent : c'est le seul quartier européen où des juifs pratiquants ou des ex-juifs vivent encore, dans lequel il y a encore des temples qui fonctionnent, des communautés, des institutions juives, des cuisines, des pâtisseries, des bains, des usines, des petites entreprises, des ateliers, des imprimeries, des vieilles boutiques. Peu de villes européennes auraient pu présenter des ateliers de fonderie de cloches et des usines de fabrication d'insignes, des ateliers d'orfèvres, des fours à patiner, dans un rayon de quelques centaines de mètres.

Tout cela a survécu à la Commune [Révolution de 1919 – NDT], à la contre-révolution, au nazisme, au ghetto, au siège [de Budapest en 1945 NDT], il a survécu à l'époque Kadar. Il n'a pas survécu aux socialistes et aux libres-démocrates.

Les noms des rues Kertész [jardinier], Akácfa [acacias] rappellent qu'autrefois, ici c'était la province des jardins budapestois. Mais même après l'urbanisation, il y a deux cents ans, les acacias, les vinaigriers, les platanes dans les cours de la plupart des maisons donnaient de la douceur. Par contre, les immeubles neufs sont construits, quasiment sans exception en utilisant cent pour cent du terrain.

Je serais curieux de savoir si, l'ennemie jurée et exterminatrice de chaque branche d'arbre et feuille d'arbre d'Erzsébetváros, Agnès Streit, apparemment architecte en chef officieux d'Erzsébetváros, habite dans une maison avec jardin. De toutes manières j'ai une intuition.

Le conseil municipal détruit tout ce qui ici a des racines : maison, verdure, humain.

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Il est curieux que seul un ou deux immeubles sont en propriété privée familiale dans le quartier, sur ceux-là les propriétaires veillent et ils conservent aussi les anciennes valeurs de manière exemplaire : veuillez regarder la maison au 9, rue Király à titre d'exemple.

La municipalité est un mauvais gardien. L'histoire éclaire de manière crue la terrible déficience de la loi sur les municipalités dont les conséquences, surtout à Budapest font qu'elles peuvent gouverner dans les fiefs qui leur ont été confiés non pas comme des propriétaires, mais comme des bandits de grand chemin.

Et d'une manière générale : tout le nouveau capitalisme hongrois tend ses bras devant nous comme un bébé monstrueux spécifique : la corruption d'une profondeur insondable des partis et des municipalités et la grande coalition depuis longtemps réalisée sur la prise en considération du vol.

Evidemment, il n' y a pas un citoyen de Budapest qui croirait que cet abus des biens sociaux de la ville soit le fait exclusif du seul septième arrondissement. La technique elle-même, par exemple, a été mise au point par ceux du sixième arrondissement, eux peuvent fièrement en revendiquer le copyright.

Mais finalement cela pourrait déjà être dans l'ordre des choses, ils volent, que pouvons-nous faire, ils volent, ils volent à quelques-uns, ce sont des politiciens, des fonctionnaires, des dirigeants de l'Etat. On s'y est déjà habitué, nos yeux ne tressautent même pas, on ne sait pas quoi faire contre cela. Mais qu'en même temps ils anéantissent notre propre ville, notre passé, notre culture, cela c'est un peu plus que trop.

Je ne crois pas qu'il y aurait un habitant d'Erzsébetváros sain d'esprit qui après cela en 2010 voterait pour un quelconque des partis de la coalition actuelle. Et si, la soi-disant – ça il faut toujours le rajouter, la soi-disant – gauche perdait les élections dans le septième arrondissement de Budapest, alors qu'y aura-t-il ailleurs ?

A tout cela il n'y a pas d'autre explication plausible, que dans la Hongrie d'aujourd'hui l'opposition de toujours se paye, les socialistes et les démocrates libres, peuvent conclure d'un coeur léger qu'ils perdront les prochaines élections. Et, visiblement ils font aussi tout pour que cette défaite soit humiliante, qu'elle soit totale et anéantissante.

Ils réussiront.

Eux, même dans ce cas ils auront leur argent.

Il n'y a que nous qui payons le supplément et beaucoup.

Parce que le vainqueur probable n'est ni citoyen, ni conservateur, ni nationaliste, et même pas de droite, il est menteur et corrompu comme l'autre, seulement en plus il traîne derrière lui la puanteur des idées des sombres chacals. [difficile à traduire, allusion aux compromissions du FIDESZ, parti d'opposition de droite avec l'extrême droite « Garde hongroise et jobbik »NDT]"

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A napokban újraolvastam Perczel Anna Védtelen örökség című szép könyvét. Átlapoztam már tavaly is, amikor megjelent, de most, a hírek hallatán, kézbe vettem, és elolvastam újra, végig, rendesen, az első betűtől az utolsóig.

A tavaly a fővárosháza gondozásában megjelent, Lábass Endre gyönyörű fotóival akkurátusan illusztrált kötet százhuszonhárom belső-erzsébetvárosi ház leírását tartalmazza. Megtudhatjuk, mikor épült az épület, ki tervezte, miféle stílben, milyen átalakítások estek meg vele, mi volt benne, és mi van ma, kik lakták egykor, és kik, avagy kik nem manapság. Ha egyáltalán megvan még a ház. Mert gyakorta nincsen.

Úgy olvastam egyvégtében az egészet el, mint egy regényt. Mert hogy az is. Egy városrész regénye, történelmi regény, de nemcsak az, hanem egyben izgalmas, felkavaró és végül is kétségbeejtő, mert igaz krimi.

Arról szól, hogyan kell egy várost ellopni. Évszázados házait megkaparintani, lakóit kitelepíteni, a házakat lerombolni, helyükre rondát, jellegtelent, nem ide illőt emelni, s mindezt úgy megcselekedni, hogy közben a kerület kasszájába egyetlen fillér be nem cseng."

La suite de l'article sur Népszabadság du 20 décembre 2008

Commentaires

Merci de tout coeur d'avoir mis la traduction en ligne. Que cela fait du bien de voir tout cela enfin écrit dans la presse nationale ! En espérant qu'il y aura un coup d'arrêt dans les destructions ...

Écrit par : Cmatuchet | 28/12/2008

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