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31/12/2008

Erzsébetváros : la lettre d'un habitant

Parue le 11 mars 2007, sur le Blog des Mardis hongrois de Paris, cette lettre garde toute son actualité. Elle a une étonnante résonnance en regard des faits qui aujourd'hui sont rendus publics par la presse hongroise.

Une chose simplement n'y est pas dite, mais sans doute par scrupule de l'auteur qui ne pouvait affirmer sans preuve, c'est l'immense corruption qui préside à la politique urbanistique des arrondissements de Budapest et singulièrement celle du VIIème. Mais ça tout le monde le sait et le dit plus ou moins publiquement depuis longtemps.

Sébastien Nahon, l'habitant qui nous l'avait envoyée a, depuis cette lettre, été obligé de partir. Comme de nombreux habitants de ce quartier, il a été délogé.

"J'ai décidé de publier, avec son accord, la lettre suivante qui m'a été adressée par Sébastien Nahon, habitant rue Király dans Erzsébetváros. Elle donne un bon éclairage de la situation locale et a le mérite de faire des propositions de solutions constructives. Ces propositions méritent d'être examinées comme contributions possibles d'un plan de sauvegarde et de mise en valeur du quartier à élaborer.

Bonjour,

Merci pour cette pétition, permettez moi de vous fournir de plus amples renseignements concernant le quartier et les problèmes qu'il rencontre, ainsi que sur ses habitants. Car si l’on est logique et véritablement humaniste, on sait qu'un quartier n'a de sens que parce que ses habitants sont là !

Le problème que posent les "investisseurs" ne vient pas de leur qualité mais des intentions de certains et vous allez comprendre à la lecture de ce texte que le vrai responsable de la situation actuelle est en fait le propriétaire, à savoir les mairies d’arrondissement.
De ce fait, bloquer toute forme de privatisation, de vente des bâtiments protégés du quartier, risque de renforcer une situation injuste qui a assez duré sans pour autant permettre de sauver les bâtiments et le quartier.

L'injustice :
On doit prendre en compte le fait qu'une grande partie des bâtiments en question sont encore occupés par leurs locataires originels. Ceux ci n'ont pas pu bénéficier lors des privatisations des avantages accordés aux autres citoyens hongrois (achat à prix réduit de leur appartement) sous prétexte que les bâtiments en questions qu'ils occupent sont classés au titre du patrimoine.
La mairie devait faire les rénovations nécessaires pour ensuite (normalement) le leur vendre. Or elle n'a rien fait et elle les vend aujourd’hui pour "rien" à de faux investisseurs qui, eux, font de belles culbutes. En fait ils revendent à leur tour leurs participations (parts sociales) des sociétés créées pour l’occasion. Au passage le droit de préemption est bafoué à cause de la politique du "patrimoine". (KOH)
En effet, on n'accorde pas de droits aux locataires car le "patrimoine" interdit toujours à la mairie de vendre en partie les bâtiments classés tant que leur restauration n'a pas été faite !!!
Or si l’on analyse la situation actuelle du quartier, force est de constater (12 ans après les privatisations et les non privatisations des bâtiments du quartier) que pratiquement tous les immeubles qui ont été vendus à leurs locataires d'origine ont été rénovés. Ceux-ci ont effectué ces rénovations sans aucune modification des bâtiments et donc dans le respect profond du style du quartier. Ces locataires censés ne pas avoir d'argent ont en fait parfaitement su tirer profit des différentes possibilités de financement qui se sont présentées (fonds européens, mairie principale, mairie d’arrondissement, ...)
A l'inverse, les "démolitions" et les risques de démolitions concernent presque exclusivement des immeubles restés dans les mains des mairies (VI et VII), et là où la mairie a choisi de "vendre" à un unique investisseur ayant auparavant fait vider les lieux.

Responsabilité des mairies :
Précisons qu’à Budapest, contrairement à Paris, les conseils municipaux d’arrondissement ont plus de pouvoirs et de compétences que la Mairie de la capitale. Et, je pense que la mairie (les mairies) n'ont jamais eu l’intention de faire quoi que ce soit pour les bâtiments .
Volonté réelle de ne rien faire ou manque de compétences techniques et commerciales ? En tout cas les municipalités ont, en pleine connaissance de cause, laissé l’immobilier se dégrader et cela continue. Leur responsabilité est lourde et celle du "Patrimoine" aussi, il n'y a jamais eu de concertation avec les locataires, considérés comme des pauvres et des imbéciles.
Cette politique du silence et de lente dégradation des bâtiments classés a commencé il y a dix ans. De plus elle semble s'être accélérée intentionnellement :
Exemple : Au 25 de la rue Kiraly, bâtiment datant de 1810, classé au patrimoine, les gouttières ont été enlevées il y a 5 mois ! Il y a 10 mois, une partie des tuiles sur le bâtiment arrière (vidé depuis 5 ans de tous ses locataires) ont été systématiquement enlevées. Suite à ma plainte elles ont été remises (mais pas les descentes de gouttières !), sans qu'aucune enquête pour dégradation volontaires n'ait été menée (pourtant cette dégradation était volontaire, voir les photos jointes).
L'objectif de ce genre d'opérations est clair, il vise à pouvoir par la suite justifier les prises de décisions de la mairie :
-l'insalubrité et le danger que représente les bâtiments en question (un argument qui vient à point pour justifier que les locataires soient vidés des lieux)
- le coût exorbitant de toute rénovation en l'état et donc la nécessité de ne garder qu'une partie (la façade) et permettre la démolition du reste.

Les investisseurs :
Au niveau des investisseurs (les vrais), pas ceux qui ont acheté en première main à la mairie, je ne pense pas qu'ils soient tous récalcitrants à une rénovation visant à préserver la structure et le design originel des bâtiments. Seulement ayant acheté le bâtiment non pas directement à la mairie mais déjà à un autre propriétaire, leur coût réel d'acquisition ne permet pas une rénovation en l'état mais les conduit à rehausser l’édifice en ajoutant des étages (2ou 3 de plus) pour atteindre l'équilibre financier du projet et en tirer profit.

Voir uniquement la situation comme la résultante d'une volonté de super-profit par des investisseurs privés est réducteur. Ceci est toujours possible mais en l'occurrence la principale responsabilité est, soulignons le, celle de la mairie.

Conclusion et propositions :
Je propose :
1/ Que les bâtiments dans lesquels sont encore présents des locataires puissent être vendus à ceux-ci dans les conditions suivantes :
- constitution d'une assemblée de locataires avec statut juridique donnant à chacun X% des droits de vote en fonction de la surface actuelle qu'il occupe
- vente par la mairie de l'ensemble du bâtiment à cette entité juridique
- attribution à chacun du droit de propriété sur sa partie occupée
- parties vides (non occupées) restent dans la propriété de l'assemblée des locataires.
Les conditions financières de la vente doivent être les mêmes qu'il y a 12 ans (au moment où tous les autres habitants ont pu acheter leurs appartements)
L'assemblée des locataires devenus propriétaires doit pouvoir bénéficier de délais raisonnables pour la rénovation (la mairie avait 15 ans pour commencer les travaux lorsque ces bâtiments lui ont été donnés à titre gratuit par l'Etat !!!!, et on arrive en 2008 au bout des 15 ans)
Une aide technique et financière pourrait être attribuée par les organismes et associations hongroises et internationales en cas de besoin.

2/ Pour les autres édifices, ceux qui sont vides ou qui ont déjà été vendus à un propriétaire (1ère et deuxième mains) il faudra faire je crois du cas à cas et organiser des réunions pour bien comprendre les vraies situations de chacun.

Salutations
Sébastien Nahon"

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