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23/03/2009

Lettre ouverte au Directeur du centre du patrimoine mondial de l'UNESCO

 Budapest, le 16 mars 2009

A Monsieur Francesco BANDARIN

Directeur du Centre du Patrimoine mondial

Centre du Patrimoine mondial de L’UNESCO

7, place de Fontenoy

75352 Paris 07SP

  

Monsieur le Directeur,

En vous remerciant d'avoir, dans l'intérêt de la défense du vieux quartier juif de Budapest, envoyé une mission en novembre 2007 et en regard de l'attention particulière du « Rapport sur l'état de sauvegarde » officiel de l'Etat hongrois de février 2009, nous souhaiterions à notre tour vous rendre compte au nom de l'association ÓVÁS! de la situation du quartier.

Malheureusement nous constatons que malgré le rapport de mission de l'UNESCO-ICOMOS publié en mars 2008 et l'avertissement du Comité du patrimoine de l'UNESCO à Québec en juin 2008, aucun changement significatif ne s'est produit dans le sort du quartier juif de Budapest, les démolitions continuent.

Parmi les démarches que vous avez demandées, seules ont été réalisées la recherche des vestiges encore trouvables du mur de l’ancien ghetto et sa documentation.

A notre connaissance, aucune discussion n'a été menée avec les investisseurs, concernant les permis de démolir délivrés jusqu'à maintenant, mais non encore suivi d'effet, donc encore modifiables. L'Office de protection du patrimoine culturel (KÖH) ne considère pas qu’il est de son devoir de contrôler ces autorisations ou de modifier les autorisations concernant les affaires en cours. Par exemple, ces jours-ci, la démolition de deux anciens immeubles construits avant 1945 est en cours sur la base d'autorisations délivrées plus tôt, ainsi que celle d’un autre pour lequel le permis de démolir des parties intérieures a été délivré il y a moins de six mois. A côté de cela, le KÖH a autorisé à présent la démolition d'un autre bâtiment dans une rue derrière l'avenue Andrássy, dans une zone protégée.

La densité et le coefficient d'occupation des sols n'ont pas été réduits.

La protection des immeubles non-classés n'a pas été résolu, aucun pas en faveur de leur sauvegarde n'a été réalisé.

L'élaboration d'un système d'incitation financière tendant à la rénovation et la remise en état, tarde.

D’après le « Rapport sur l'état de sauvegarde », la loi sur le Patrimoine mondial, le Plan de gestion, ainsi que l'élaboration d’un système financier, ne seront pas mis en place avant 2010.

Le fait le plus grave, c'est que – contre toute promesse et toute attente –, le plan d’urbanisme le plus récent concernant le territoire du vieux quartier juif, préparé depuis deux ans et approuvé le 19 septembre 2008, n'est en rien meilleur que les plans précédents sérieusement critiqués au niveau international et national, car il ne diffère quasiment pas des précédents ( le projet a été préparé et approuvé par la municipalité du VIIème arrondissement, car en Hongrie, ce n'est pas la capitale mais l'arrondissement qui détient la compétence en matière d'élaboration du plan d'urbanisme et de son approbation). Ce plan d’urbanisme était appelé à remplacer les plans précédents qui ont permis entre autres de créer la situation que le rapport de mission a qualifiée d'inacceptable.

Le plan d'urbanisme approuvé est resté redevable des attentes formulées par l'UNESCO et l'ICOMOS : l'arrêt complet des démolitions, la règlementation de la construction des bâtiments neufs favorisant une architecture respectant l'unité architecturale du quartier protégé, et en même temps moderne et de qualité. Ceci en relation étroite avec les densités de construction, la protection des cours intérieures, des jardins, des arbres, et tout ce que l’on serait en droit d’attendre dans le cas d'un quartier historique unique, protégé même au plan international. Le plan d'urbanisme approuvé permet la poursuite sans obstacle de la démolition des vieux bâtiments historiques (parfois, désormais, en conservant le décor caractéristique de la façade), en conséquence de quoi, la relocalisation des habitants, la construction de grands ensembles neufs de 2 à 3 fois plus denses, l’implantation de bâtiments dans les jardins, les vastes cours, les espaces verts existants, l'accroissement des accès béants des garages souterrains dégradant l'ambiance de la rue mais aussi la vie commerciale, etc.

  • Ne sont pas protégés les immeubles non-classés construits avant 1945, la protection de la zone ne s'applique pas. En l'absence d'une protection concrète, sur la base des lois hongroises, ces maisons peuvent êtres démolies n'importe quand. La pratique la plus récente consiste en la conservation de la façade de l'immeuble + 6 mètres derrière laquelle est construit l’immeuble de sept étages autorisé par la règlementation. Même dans de nombreux cas d’immeubles classés, de telles autorisations ont été accordées par l'Office de protection du patrimoine culturel (KÖH) (dans le cas des immeubles classés, c'est lui qui accorde les permissions, dans le cas des immeubles non-classés c'est l'arrondissement) en se référant à la règlementation en vigueur. C’est à peine s'il reste des paysages de rue qui ne soient défigurés par des constructions neuves.

  • En février 2008, une étude sur l’évaluation des classements existants et des propositions de classement par immeuble a été réalisée, mais elle n'a pas été prise en compte dans le règlement d'urbanisme, car le président de l'Office de protection du patrimoine culturel a jusqu’à ce jour toujours refusé de la rendre publique.

  • La surface constructible ou du moins le coefficient d'occupation des sols et le taux de constructibilité n'ont pas changé dans le nouveau règlement d'urbanisme. Le coefficient d'occupation des sols qui est typiquement compris entre 2 et 3 dans les ilôts d'immeubles de la zone protégée, pourra à l'avenir atteindre 4,5 à 6. Il est donc toujours possible de multiplier la densité protégée traditionnelle par 2 ou 3.

  • Dans le règlement, ni les jardins, ni les cours, ni les arbres ne sont protégés, ainsi tout espace vert est constructible, avec bâtiment et garage souterrain.

  • Bien que la limite du ghetto et les restes du mur aient été documentés, la règlementation ne fait pas référence à sa protection.

  • Dans le plan on n'a introduit aucune règlementation concernant la qualité des nouveaux bâtiments ou leur aspect architectural.

En premier lieu, sont en danger les immeubles vendus par l'arrondissement à des investisseurs. Parmi les maisons vendues ainsi – dans la zone protégée, sur la partie VIIème arrondissement- jusqu'ici 9 ont été démolies (sur la partie qui leur est rattachée 9 autres). Parmi elles 4 ont été démolies de telle sorte qu'on a conservé la façade plus une épaisseur de 6 mètres. Parmi les autres immeubles vendus aux investisseurs, une grande partie a été vidée de ses habitants, ils attendent, vides, et se dégradent (7 bâtiments dans la zone protégée et 8 bâtiments dans la zone qui lui est rattachée). Le sort sera le même pour les immeubles vendus aux autres investisseurs et le même pour leurs habitants (6 bâtiments). Au moment de la vente, le contrat n'est pas la réhabilitation authentique et le maintien des habitants, mais la démolition du bâtiment ou son „développement”, lié avec l'expulsion obligatoire des habitants dans un délai de trois ans. A la place des maisons démolies et à l'emplacement des terrains vides, les immeubles construits ou les bâtiments d'habitation dits „développés” (ce terme est en général synonyme de démolition complète des ailes intérieures et construction à leur place de bâtiments de sept étages), contiennent des appartements réalisés à des fins spéculatives, et dont la plupart ne sont pas habités. Si cela se poursuit ainsi, ce n'est pas seulement le caractère historique du quartier qui se désagrège de manière irréversible, mais l'un des quartiers commerçants les plus vivants de Budapest peut devenir un quartier de rues mortes avec des maisons mortes.

Dans la zone protégée par l'UNESCO, sur la base du plan d'urbanisme approuvé et des autorisations préalablement accordées (les terrains déjà nus + les démolitions + les développements considérés dans leur ensemble), des constructions nouvelles peuvent démarrer sur environ 40 parcelles dans les mêmes conditions que précédemment (puisque les conditions sont restées les mêmes dans le nouveau plan d’urbanisme) ; le même sort attend environ 20 autres parcelles situées dans des rues en limite de la zone protégée.

Le maire de Budapest-capitale n'a pas donné son accord à ce projet, de nombreuses associations ont aussi pris position contre ce projet – parmi elles l'association ÓVÁS!, qui a rédigé ses objections en 60 points. Malgré tout cela l'arrondissement a approuvé le projet.

Jusqu'à ce jour il n'y a pas de loi sur le Patrimoine. Celle-ci, selon l'Etat hongrois, n'est envisageable au plus tôt qu'en 2010.

Jusque là tout peut se poursuivre sans gêne.

Le Plan de gestion concernant les territoires du Patrimoine mondial de Budapest qui en réalité a été élaboré en 2005, au lieu d'avoir été valorisé sous forme de règle de droit, traine dans un tiroir. Toutefois, ce document ne contenait pas la mise en place d'un Organisme de Gestion, mais il comportait de sérieuses exigences de protection. L'année dernière, ce projet de Plan de gestion, jamais promulgué, a été complété d'une partie concernant l'Organisme de Gestion, en conservant, sans changement, les Exigences de Protection. Le contenu a été bouclé en juillet 2008, mais lui aussi traîne dans un tiroir, car depuis ce temps aucune négociation n'a commencé à son sujet (selon le rapport sa validation peut être également attendue pour 2010). Si les Exigences de Protection qui y figuraient avaient été érigées en loi ou en règlement, beaucoup de mauvaises autorisations n’auraient pas pu être délivrées.

Il n’est pas encore pas trop tard. L'insertion de cette version de 2005 dans le droit jusqu'à 2010 signifierait aussi une protection sérieuse, car sur le plan juridique elle serait hiérarchiquement supérieure au règlement d'urbanisme.

Jusque là, en l'absence de ce qui vient d'être évoqué, tout peut continuer sans changement!

Nous voyons encore une possibilité d'arrêter les évènements négatifs et de faire les premiers pas allant dans le sens de vos propositions de réhabilitation. Budapest-capitale peut décréter un moratoire de trois ans au maximum, pendant ce temps tout ce que vous avez proposé peut être préparé. En vérité, un tel vote a eu lieu en mai 2008 en faveur de la protection du vieux quartier juif de Budapest, mais la proposition des dirigeants de la capitale a été rejetée par la majorité de l'assemblée. En raison de la particularité du système municipal hongrois, outre que les arrondissements ont des droits supérieurs à ceux de la capitale elle-même, nombre des membres de l'assemblée de la capitale sont des maires d'arrondissement ou leurs représentants. Parmi eux il y a (avait) aussi le maire du VIIème arrondissement, qui a réussi à obtenir qu'une majorité significative de l'assemblée de la capitale vote contre la proposition des dirigeants de la capitale. Entretemps le maire du VIIème arrondissement a été placé en détention préventive ensemble avec plusieurs de ses associés, soupçonnés de corruption à grande échelle, pour la vente, précisément sur le territoire concerné, d'appartements, propriétés de l'arrondissement en dessous de leur valeur. En présentant de nouveau la proposition la décision de l'assemblée de la capitale pourrait peut être changer.

Dans cette situation critique, l'association ÓVÁS! a décidé de préparer un projet alternatif pour le territoire du quartier juif. Le soutien matériel de la Fondation Soros rend ceci possible. Nous ne pouvons pas proposer un règlement d'urbanisme, mais nous pouvons préparer un projet alternatif d'aménagement du secteur, où nous pourrions montrer, cette fois-ci pas seulement avec des mots, mais aussi visuellement, à quoi nous pensons lorsque nous parlons d’une réhabilitation du quartier qui préserverait ses valeurs et permettrait simultanément son épanouissement et sa rénovation. Pour que nos conceptions soient compréhensibles par tous, nous les présenterons avec des projets visuels et une maquette. Le projet verra le jour grâce à la coopération intensive d'architectes, d’architectes-paysagistes, d'urbanistes, d'experts en circulation. Le projet inclura aussi – en collaboration avec un sociologue et un économiste – une étude de faisabilité économique tenant compte des conditions et des règles économiques en vigueur actuellement, et une analyse de l’impact social des propositions.

En présentant un projet alternatif nous pensons avoir une meilleure chance d'obtenir à l'avenir le même niveau de protection internationale et nationale et les changements répondant aux attentes de l'UNESCO.

Cependant ce projet ne peut atteindre son objectif qu’à condition de recevoir une publicité suffisante.

Cette année en avril/mai nous avons la possibilité de réaliser une exposition pour montrer notre projet pour le quartier. A côté de nos propres conceptions nous montrerons le projet pour le quartier juif qui a remporté le prix du concours EUROPAN 2005, celui réalisé en 2008 par les étudiants en architecture en Hongrie, de même que les travaux de diplôme préparés en 2009 pour le présent quartier par la faculté d'architecture de Karlsruhe en Allemagne.

Malgré tout cela, nous voyons que sans votre soutien nous ne serons pas entendus.

A cette occasion, nous vous demandons de continuer à suivre avec attention ce qui se passe dans l’ancien quartier juif de Budapest.

Nous vous demandons qu'au-delà de ce que vous avez suggéré jusqu'à présent, vous exerciez une pression sur l'Etat hongrois et sur la capitale afin que la version de 2005 du Plan de Gestion concernant les territoires du patrimoine mondial de Budapest, prenne immédiatement effet comme règle de droit, car nous voyons que toutes les dispositions positives et leur acceptation, qui selon le rapport sont en projet ou en cours – parmi elles la modification du Plan de Gestion et son élargissement – prendront encore des années.

Cependant le plus efficace sera la suspension du projet approuvé en 2008 et l'octroi du temps nécessaire à l'élaboration des règles de droit favorisant la réhabilitation, autrement dit un moratoire immédiat, si cela se conjuguait avec la révision de toutes les autorisations accordées jusqu'à présent.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de mes salutations les plus respectueuses

 

Le Président de l'association ÓVÁS!

István Jávor

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