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28/06/2008

Quartier juif de Budapest : son histoire urbaine jusqu'à ce jour par Anna Perczel (5/10)

La transformation du quartier pendant la période de la formation de la métropole de Budapest (1898–1914)

Pendant la période entre 1896 et la première guerre mondiale, quand la capitale de la Hongrie est devenue métropole mondiale, elle a également acquis un bâti urbain d’une toute autre échelle. Dans le quartier juif, cette époque était représentée par des grands immeubles résidentiels, bâtis tout au long des rues Wesselényi et Dohány, à quatre ou cinq étages, en style historisant tardif, ou bien en style art nouveau ; selon la réglementation la hauteur de corniche pour les nouvelles constructions atteint 23 mètres. Cependant, l’apparition des nouveaux immeubles n’a entraîné aucune perturbation dans la structure urbaine du quartier. Bien qu’au long des rues, réglementées plus larges, les bâtiments étaient placés sur un alignement en recul, la construction était faite d’une parcelle à l’autre, préservant ainsi le rythme des rues. A cette époque, la plupart des propriétaires étaient des riches commerçants, médecins, avocats, entrepreneurs juifs – alors que les projets étaient toujours faits par les meilleurs architectes. Entre les immeubles résidentiels plusieurs étaient construits par des associations juives, pour leur servir en tant que sièges ou en tant que différentes fondations de charité. C’était également le temps de l’apparition des grandes institutions culturelles : du côté du quartier du Grand Boulevard et, en même temps, tout près de l’avenue Andrássy, en remplacement de l’Institut Israélite des Aveugles a été bâti l’Académie de la Musique, ainsi que, dans sa proximité, le Musée Ernst et plusieurs théatres.

La communauté juive orthodoxe devait attendre bien longtemps avant que sa nouvelle synagogue puisse être inaugurée en 1913 dans la rue Kazinczy. Près du Grand Boulevard une série d’hôtels et de cinémas s’est ouverte. Elisabethville-centre possédant plusieurs sources thermales, auprès des bains rituels et publics déjà existants, le Bain Hungária, l’orgueil du quartier, aujourd’hui disparu, fut bâti. Le nombre des passages, traits caractéristiques du quartier commerçant juif, a augmenté. Le plus important d'entre eux était le passage de la fondation roumaine d’Emanoil Gojdu. Les roumains vivant à Budapest ont fondé également leur église à coté de ce passage, dans la rue Holló. Le nombre des petites synagogues, chambres de prière, appartenant à des associations et à des personnes privées, s’est multiplié en proportion de l'accroissement de la population juive. Le nombre des boulangeries, des boucheries et des restaurants cashers s’est multiplié également.
Avec l’apparition des nouvelles institutions, immeubles résidentiels et des passages importants, s’est clos la période de formation de l’ensemble avec l’atmosphère spéciale et l'architecture de grande valeur, que nous connaissons – ou, au moins, avons connue jusqu’aujourd’hui – sous le nom de quartier juif.

27/06/2008

Quartier juif de Budapest : son histoire urbaine jusqu'à ce jour par Anna Perczel (4/10)

L’époque de formation de la capitale (1873–1898)

En 1873, les trois villes jusqu’alors séparées, Pest, Buda et Óbuda étaient unifiées. Le temps de l’unification et, puis, les festivités millénaires de la Hongrie, c’est-à-dire, la période somptueuse entre 1873 et 1896, est l’époque de l’aménagement urbain à grande échelle, en même temps, du remodelage de la ville, jusqu’alors construite en style classiciste. C’est donc l’époque de la transformation de Budapest en une métropole éclectique. Avec la construction, selon le modèle parisien, de l’avenue Andrássy et du Grand Boulevard qui reliait les quartiers du côté gauche du Danube, Thérèseville fut divisée. En 1882, cette division structurelle fut suivie d’une division administrative – la partie au nord-ouest de la rue Király restait Thérèseville (Terézváros), alors que la partie au sud-est de la rue était renommée Elisabethville (Erzsébetváros).
Avec la construction de l’avenue Andrássy le rôle structurel – exceptionnel – de la rue Király a pris fin ; cependant, la vie commerciale et sociale de la rue est restée intense et fourmillante jusqu’en 1944, puis, de 1945 jusqu’à l’année des nationalisations, c’est-à-dire jusque 1949-50. Auprès des magasins et ateliers variés dans les rues on rencontrait des imprimeries et des librairies juives, des fumoirs cashers et des boulangers dans les cours, des chambres de prières aux étages, s'entremêlant avec les fameux établissements de nuit, ainsi qu’avec une grande nombre des cafés et restaurants. La plupart des magasins étaient fermés le samedi, mais tous les autres jours étaient ouverts jusqu’à minuit.

Aux bords des avenues et des rues nouvellement ouvertes des immeubles résidentiels à trois ou quatre étages étaient construits en style éclectique. Des nouveaux immeubles publiques sont apparus, entre autres le siège de la Communauté Israélite de Pest dans la rue Síp (1890) et les Halles du quartier (1897) à la place Klauzál. C’est à cette époque que la plupart des écoles, qui fonctionnent toujours, furent ouvertes aussi. Un peu plus loin, une nouvelle synagogue, plus petite et plus cachée que les autres, a commencé à fonctionner, à savoir, la synagogue talmudique (1885–89). Au long des rues intérieures, plus étroites et irrégulières – où les impressionnants immeubles bourgeois étaient déjà construits – la mesure de la transformation était bien moindre. Entre autres, c’était justement à cause de ces maisons d’habitation précieuses que le tracé de la nouvelle avenue Andrássy ne fut pas ouvert sur celui de la rue Király.

26/06/2008

Quartier juif de Budapest : son histoire urbaine jusqu'à ce jour par Anna Perczel (3/10)

Les débuts du développement urbain réglementé et de l’embourgeoisement, l’établissement de la communauté juive (1805–1873)

Le premier plan d’aménagement urbain de la ville de Pest a été établi par János Hild en 1805. Ce plan a également inclu notre quartier, alors déjà appelé Thérèseville. En suivant ce plan, de nouvelles rues transversales furent ouvertes et le tracé de la rue Dohány s’est formé. La maison de la famille Orczy était déjà là, au début de la rue Király, qui bientôt devint le bâtiment symbolique du quartier commercial juif. Également, l’église catholique romaine de la paroisse de Thérèseville était présente, marquant la limite ultérieure du quartier. A cette époque, la rue Gyár – aujourd’hui place Franz Liszt – marquait les limites du terrain construit.

En 1837 Thérèseville est déjà le quartier le plus populeux et le plus encombré de la ville de Pest. Auprès de maisons en rez-de-chaussées, des maisons bourgeoises avec étages étaient également bâties. Cependant, l’inondation de l’an 1838 a fait un dégât immense; pratiquement la moitié des maisons furent démolies. Après l’inondation, des travaux de reconstruction ont commencé avec un grand élan.  Les maisons basses ont été remplacées par des maisons à un, deux, ou trois étages, en forme de « L » ou « U ». Les bâtisseurs étaient surtout des bourgeois récemment enrichis, notamment des manufacturiers venant d’Autriche, d’Allemagne et de Moravie, des commerçants « grecs » (ce mot signifiant en Hongrie les orthodoxes, c’est à dire, des Grecs, des Serbes, des Macédoniens, des Roumains et des Valaches des Balkans), arméniens et juifs. Tous ces nouveaux venus ne pouvaient pas avoir des terrains à construire dans la zone à l’intérieur des murs ; quant aux juifs, il n’avaient même pas le droit de construire dans la cité. Les projets de ces nouveaux immeubles étaient réalisés par les plus célèbres architectes et constructeurs de l’époque.

Tous les immeubles résidentiels classicistes, romanticistes ou historisants, qu’on peut voir ou – malheureusement – on pouvait voir jusqu’à ces derniers temps dans le quartier, étaient, pour la plupart, construits lors de l'aménagement après l’inondation, entre 1838 et 1875. Entre temps au centre du quartier encombré et peuplé de manière dense, sans espace ouvert, un bloc d’immeubles était démoli, pour former une place publique– c’est la place Klauzál actuelle.

Parallèlement avec l’intensification de l’embourgeoisement l’établissement et l’expansion des juifs a commencé. Le fait que le quartier juif de l’époque s’est formé ici en dehors des murs de la ville, n’était nullement fortuit. Jusqu’à l’édit de tolérance de Joseph II, Empereur d’Autriche et Roi de la Hongrie, promulgué en 1783, les juifs n’avaient pas le droit de franchir les murs de la ville. Avant l’édit de tolérance, même la fréquentation des environs de la ville était interdite au juifs, à l’exception des occasions, notamment celle des foires annuelles, auxquelles les hôteliers et les commerçants juifs avaient la permission de participer. La foire annuelle était tenue à la place de la Nouvelle Foire (Új Vásártér), aujourd’hui place Erzsébet. A l’angle extrême de la place de la foire, en dehors des murs, à la partie nord-ouest de ce qui est, de nos jours, la place Madách, en face de la rue Király, s’est formée la Foire des Juifs.

Ce n'est qu’en 1786 que la ville a donné permission, pour la première fois, à des juifs de prendre domicile dans la ville de Pest. Étant donné que jusqu’à la promulgation de la loi no. 29 de l’an 1840 les juifs n’avaient pas le droit de posséder des propriétés immobilières privées, ils vivaient dans des appartements loués, louant également leurs maisons de prières. Ce fut naturel qu’ils aient commencé à s’établir aux environs de la Foire, le long de la rue Király et, puis, dans les rues transversales de cette rue. Au début, ils ne pouvaient louer des chambres que dans la maison d’Orczy qui, à cette époque, comptait comme le plus grand immeuble de la ville. Bientôt, cette maison est devenue le premier point de repère, la « porte de débarquement » des juifs arrivant dans la grande ville de Pest pour essayer d’y fonder leurs existences. Dans cet immense immeuble à deux cours, au style rococo, se sont installés graduellement toutes les institutions et tous les services nécessaires à la vie juive.

Les commerçants juifs ont ouvert leurs magasins auprès de la maison d’Orczy, tout au long de la rue Király ; ils menaient leurs négociations dans les cafés des deux premières maisons de la rue, à savoir dans le Café Herzl et le Café Orczy. Bientôt, non seulement la rue Király, mais tout le quartier a évolué en un important quartier commerçant. A la moitié du 19ème siècle, le quartier juif s’étendait du boulevard Károly jusqu’à l'église de Thérèseville.

La communauté juive en gagnant de nouvelles lois de liberté, allait en s’accroissant, se fortifiant et bientôt en se divisant en plusieurs branches de la religion, construisait deux synagogues, en dehors de celles louées dans la maison Orczy devenues trop étroites. Ce sont les représentants de la vie religieuse du quartier juif, qui déterminent le caractère du quartier jusqu’à nos jours. Ils ont donc construits d’abord la synagogue de la rue Dohány (1859, Ludwig Förster) pour la communauté néologue (conservatrice), et, puis, celle de la rue Rumbach Sebestyén (1872, Otto Wagner) pour la communauté status quo ante. Les solutions architecturales exceptionnelles des deux synagogues ont octroyé un enchantement oriental au quartier. C’est également de cette époque que datent les premiers passages à travers des ilôts, qui constituaient très vite tout un dédale. Ces passages ont servi non seulement l’extension de la vie commerciale, mais aussi leur rôle étaient souvent de donner un accès plus caché et plus rapide aux synagogues.

25/06/2008

Quartier juif de Budapest : son histoire urbaine jusqu'à ce jour par Anna Perczel (2/10)

L’histoire du développement et de la construction du quartier

La période de développement urbain spontané (18ème siècle)

Au 17ème siècle, cette partie de la ville de Pest (à savoir le territoire délimité par le présent boulevard Károly, l’avenue Andrássy, le Grand Boulevard et l’avenue Rákóczi), n’était pas encore construite. Sa partie intérieure était couverte par des jardins, et sa partie extérieure, par des terres arables et des fermes.

La construction du quartier a commencé au début du 18ème siècle, d’une manière spontanée. A cette époque, la ville de Pest, occupant une surface très limitée, entourée par un mur médiéval, s’avérait de plus en plus étroite pour ses citoyens, dont le nombre et la richesse allait croissant. Ainsi, le quartier des jardins est devenu un lieu de construction favori, de sorte qu’à la fin du 18ème siècle ce quartier est devenu la plus grande banlieue de Pest. En 1777, le territoire, jusque là simple faubourg, a reçu le nom « Terézváros » (Theresienstadt, Thérèseville). En 1806 le nombre des habitants des « jardins » a presque atteint celui des habitants de la Cité.

Le quartier des jardins était d’abord uniquement articulé par d’étroits sentiers longitudinaux ; l’un de ces sentiers est devenu la rue principale du quartier, c’est-à-dire la rue Király. Afin de procurer un meilleur accès aux terrains à construire, des rues transversales furent créées ; ce fut d’après cette structure que le morcellement et l’allocation des terrains à construire ont été complétés entre les années 1733–77. A cette époque s’est formée la majorité des rues longitudinales et transversales, et c’est aussi de cette époque que datent les noms, d’une grande partie des rues, invoquant le temps des jardins.

Le développement urbain spontané, commencé au début du 18ème a duré pendant presqu’un siècle. Le réseau organique des rues étroites de tracé irrégulier, les croisements des rues souvent décalés ou en forme de T, la grande variété des terrains construits, parfois très larges, parfois très étroits, la variation des parcelles, plus irrégulières et grandes au centre, plus petites et régulières plus loin, assignées aux ouvriers des terres, tous formés au 18ème siècle, détermine même aujourd’hui la structure urbaine du quartier.

24/06/2008

Quartier juif de Budapest : son histoire urbaine jusqu'à ce jour par Anna Perczel (1/10)

Anna Perczel, architecte-urbaniste, représentant l'association ÓVÁS! de défense du quartier juif de Budapest, a bien voulu donner à Sauvez Budapest, l'autorisation de publier ce travail d'histoire urbaine. Nous allons publier ce travail en séquences quotidiennes, sur le présent blog.
Rappelons qu'Anna Perczel, mène avec l'association ÓVÁS! un combat difficile, pour tenter de sauvegarder un quartier qui est de plus en plus menacé de disparition. Elle a publié au mois de mars dernier, un ouvrage bilingue (hongrois et anglais) sous le titre "Védtelen örökség - Unprotected heritage". Il est possible de se procurer ce livre à l'Institut hongrois de Paris, 92, rue Bonaparte 75006 Paris.  

L’ANCIEN QUARTIER JUIF DE BUDAPEST

LE DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE

ET LA SITUATION ACTUELLE

Avant de commencer ma présentation sur l’évolution du quartier juif historique de Budapest, je dois vous dire quelques mots sur Budapest en général, afin que les termes que je vais utiliser soient compréhensibles même pour ceux qui ne connaissent pas cette ville et son histoire. Tout d’abord, il faut se rendre compte du fait que la ville portant le nom de Budapest n’existe que depuis 1873, c’est-à-dire, depuis l’année où trois villes historiques, Pest, Buda et Óbuda, situées des deux côtés du Danube, étaient unifiées afin de créer une nouvelle capitale pour la Hongrie – alors en plein développement. Au commencement du 19ème siècle, l’arrondissement que, aujourd’hui, nous appelons « l’ancien quartier juif de Budapest », était une banlieue de la ville de Pest, sur le côté droit du Danube. Aujourd’hui c’est l’un des plus anciens quartiers de Budapest, avec les quartiers historiques du Château de Buda et de la Cité de Pest ; en même temps c’est l’un des quartiers les plus riches en valeurs architecturales et culturelles.

L’habitat juif, le plus ancien, médiéval, de la ville, se situait de l’autre côté du Danube, à Buda, dans le quartier du Château. Cependant, de cet ancien habitat juif il ne reste qu’une synagogue privée dans une maison bourgeoise médiévale – fonctionnant aujourd’hui en tant que musée. En outre nous avons connaissance de l’existence des ruines souterraines de deux autres synagogues, dont on parle beaucoup de l’excavation et de la présentation.

Le quartier du Château est d’origine médiévale – non seulement la structure de ses rues et de ses parcelles date du Moyen Age, mais aussi un bon nombre de ses maisons, mélangées aux maisons baroques et classicistes.

La Cité de Pest est également d’origine médiévale – un fait qui est reflété surtout dans la structure de ses rues et de ses parcelles. Cependant, les immeubles actuels, tout comme celui du quartier juif, datent plutôt du 19ème siècle.

La structure des rues et des parcelles de l’ancien quartier juif de Pest ne date pas du Moyen Age ; elle s’est développée d’une manière organique, sans réglementation, pendant le 18ème siècle. Les rues à l’intérieur du quartier sont souvent déterminées par des maisons ou des rangées de maisons classicistes-romanticistes de la première moitié du 19ème siècle. C’est dans ce quartier que, vers la deuxième moitié du 19ème siècle, se sont développés l’habitat et le centre commercial de l’une des plus grandes communautés juives de l’Europe. C’est ici, qu’à cette époque, ont été construites les institutions les plus importantes de la vie religieuse, administrative, sociale et culturelle de la communauté juive : des synagogues, des bâtiments culturels et administratifs.

La singularité et l’importance du quartier sont données, outre ses rues variées, parfois au tracé irrégulier, et ses rangées de maisons du 19ème siècle, par l’enchantement oriental des synagogues, le dédale des passages, l’architecture art nouveau remarquable et, par-dessus tout, par le mélange créé par tous ces facteurs. Cet ensemble architectural et culturel malgré les destructions récentes, est considéré comme une entité unique en Europe.

Le quartier abrite toujours une communauté juive vivante. La présence de la communauté est permanente, sans aucune interruption, depuis presque deux siècles, malgré sa diminution tragique pendant la guerre et après par l’émigration subséquente. La beauté de ses synagogues, la variété de ses rues, son atmosphère caractéristique, les vastes cours et jardins si rares au centre ville, les bâtiments classicistes et art nouveau, portant la trace des mains des plus grands architectes hongrois, rendent ce lieu attirant et exceptionnel.

Le quartier est également un lieu de mémoire historique. Avant la deuxième guerre mondiale, la plus grande partie de la communauté juive de la capitale – constituant à cette époque un cinquième de la population de Budapest – habitait ici. C’était dans ce quartier que, en décembre 1944, le ghetto de Budapest fut constitué. Contrairement aux communautés juives d’autres villes d’Europe centrale, malgré les souffrances infligées et les assassinats, la vie de la plupart des juifs entassés ici fut épargnée. Au dernier moment même les maisons et les rues du quartier ont échappé à la destruction totale. Ainsi, dans ce lieu, ce ne sont pas seulement les monuments officiels, mais chaque bâtiment, chaque pierre même qui constituent un lieu de mémoire.

Cependant, tout ce qui a échappé aux destructions de la guerre est aujourd’hui en danger.

On fait détruire en un rythme toujours croissant les maisons d’habitation du quartier, et on altère le caractère de ses rues. Avec les bâtiments disparaissent leurs habitants, les habitudes quotidiennes, les traditions historiques, les lieux de mémoire, les témoignages. A la place des précieux bâtiments historiques on monte de nouvelles constructions disproportionnées et sans valeur. Les nouveaux immeubles, même après des années d’existence, sont quasi vides, ainsi que la plupart des parkings souterrains.

En l’an 2002 une grande partie de l’ancien quartier juif était déclarée « zone tampon » du Boulevard Andrássy, faisant partie du patrimoine mondial culturel ; en tant que tel, ce quartier est censé être protégé par l’UNESCO et par la loi internationale. D’une manière paradoxale, cette protection n’a fait qu'accélérer le processus de destruction.

Au printemps de 2004, voyant la démolition insensée, ainsi que le volume et la médiocrité inacceptables des nouveaux bâtiments, un mouvement de citoyens s’est lancé pour sauver le quartier. Suite à l’initiative de l’Association ÓVÁS!, l’Office de la Protection du Patrimoine Culturel a déclaré le territoire de l’ancien quartier juif de Pest « zone d’importance patrimoniale » ; qui plus est, en 2005, l’Office a déclaré « monument historique » 51 bâtiments, parmi lesquels se trouvaient des maisons déjà destinées à la démolition.

Cependant, malgré ces interventions, la situation n’a fait que s’aggraver, en sorte que, à présent, presque 40 pour cent des îlots intérieurs du 19ème siècle sont touchés, leur place étant occupée par des nouvelles maisons de type cité de banlieue. Récemment la destruction a atteint même les maisons classées « monuments historiques ». C’est le cas, par exemple, au lieu le plus important et le plus fréquenté par les touristes, en proximité de la grande synagogue de la rue Dohány, où d’abord le conseil municipal, puis même l’Office de la Protection du Patrimoine Culturel, ont donné la permission de démolir les ailes intérieures des deux monuments historiques, afin de donner lieu à la construction d’un ensemble d’immeubles de type HLM.

Les démolitions visent principalement des maisons d’habitation. Parmi ces derniers, un bon nombre relève des types architecturaux appartenant, d’une manière caractéristique et exclusive, à ce quartier. Toutes les maisons ne sont pas des monuments extraordinaires, mais chacune est remarquable du point de vue architectural, chacune fait partie intégrante du paysage et de la vie urbains du quartier. Leurs histoires s’entrelacent – à travers celles de leurs propriétaires et de leurs habitants – avec celles, plus générales, des citoyens et de la communauté juive de Pest, dont ce quartier est devenu le domicile. Ce n’est que l’ensemble de ces rangées de maisons et de ce paysage urbain, qui saurait fournir l’arrière-fond naturel des bâtiments exceptionnels, des synagogues et des monuments historiques, ainsi que la continuité, l’authenticité historique, l’atmosphère et l’enchantement du quartier.

(A suivre...)

17/06/2008

Quartier juif de Budapest - Le rapport de l'expert de l'UNESCO

L'UNESCO avait commandé une mission d'expert à Budapest en 2007. Le rapport de Michel Polge, l'expert d'ICOMOS qui s'était rendu dans le quartier juif de Budapest du 3 au 5 novembre 2007 est enfin disponible en français. Rappelons qu'il avait été publié en langue hongroise en mars 2008.

Ce rapport a été traduit en hongrois et mis en ligne sur le site http://www.vilagorokseg.hu/ en voici la version originale en français.

Source Institut hongrois de Paris 

 

15/06/2008

Nettoyage ethnique au bull-dozer - Buldózeres etnikai tisztogatás

Un article du sociologue Ladányi János
La destruction du vieux quartier juif d'Erzsébetváros-centre s'est accélérée. Tout cela modifie à la racine la structure physique et sociologique du quartier. Face à la "réhabilitation urbaine au bull-dozer" toute référence aux intérêts de la population est sans fondement. Depuis 1990 la moitié de la population a changé. Selon le sociologue, ce sont les habitants des appartements municipaux d'autrefois qui ont été déplacés, principalement les vieux, les pauvres et prioritairement les tziganes.

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Ladányi János
Felgyorsult a Belső-Erzsébetváros régi pesti zsidónegyedként ismert részének a pusztulása. Mindez gyökeresen megváltoztatja a negyed fizikai és társadalmi szerkezetét. A "buldózeres városrehabilitációval" kapcsolatban minden alapot nélkülöz a lakosság érdekeire való hivatkozás. 1990 óta a lakosok fele cserélődött ki. Az egykori tanácsi lakások lakói szorultak ki, főleg az öregek, a szegények és mindenekelőtt a cigányok - állítja a városszociológus.

Source et article complet en hongrois sur HVG.HU

12/06/2008

Conférence organisée par USF à l'Institut hongrois le 5 juin 2008

usf_konferenc.jpgSoirée organisée Le 5 Juin 2008 à l'Institut Hongrois sous l'égide de l'ONG Urbanistes Sans Frontieres avec la participation de l'association culturelle des Mardis hongrois de Paris.
Le Directeur de l'Institut hongrois, András Derdák, a ouvert la conférence en rendant un hommage à François Fejtö l'un des premiers signataires de la pétition pour la sauvegarde du quartier juif de Budapest.

  



I - Anna Perczel architecte-urbaniste, représentant l'association ÓVÁS! fait une présentation illustrée de photos de « l’ancien quartier juif de Budapest », l’un des plus anciens quartiers de Budapest, l’un des quartiers les plus riches en valeurs architecturales. La singularité et l’importance du quartier sont données, par ses rangées de maisons du 19ème siècle, par l’enchantement oriental des synagogues, le dédale des passages, l’architecture art nouveau remarquable et, par-dessus tout, par le mélange créé par tous ces facteurs. Le quartier abrite toujours une communauté juive vivante et c'est un lieu de mémoire historique.
Cependant, on fait détruire à un rythme toujours croissant les maisons d’habitation du quartier, et on altère le caractère de ses rues.
Au printemps de l’an 2004, un mouvement de citoyens (l’Association ÓVÁS!) s’est lancée dans différentes actions pour sauver le quartier.
Michel Polge, Architecte Urbaniste en chef de l'Etat, expert envoyé par l’ UNESCO et l'ICOMOS, s’est rendu à Budapest, du 5 au 7 novembre 2007. Après sa mission d’expertise, le Maire du 7ème arrondissement de Budapest et le Président de l’Office de la Protection du patrimoine culturel ont annoncé un moratoire de 4 mois mais contrairement aux recommandations de l'expert un projet de plan a été élaboré avec des densités qui augmentent, des constructions en sous-sol plus nombreuses, la protection de certaines façades et non des immeubles, des parkings souterrains induisant la destruction de plusieurs jardins, etc.
Le 29 mai 2008, l’assemblée générale de la capitale a voté contre la proposition d'Imre Ikvai-Szabó, Maire-adjoint de Budapest, d'un moratoire pour tout le territoire du quartier juif.

II – Jean-Pierre Frommer président de l'Association des Mardis hongrois de Paris remercie les organisateurs et notamment András Derdák, directeur de l'Institut hongrois d'avoir accepté d'héberger cette conférence dans un lieu symboliquement important, ambassade de la culture hongroise en France.
Le combat que mène Anna Perczel c'est le combat de la civilisation contre la bêtise et la cupidité a-t-il déclaré.
Les Mardis hongrois de Paris ont rédigé début 2007 une pétition demandant la sauvegarde du quartier juif de Budapest qui a rencontré immédiatement une grande adhésion des personnalités d'origine hongroise vivant à Paris. Plus de 300 signatures sont recueillies et envoyées au Directeur du Centre du Patrimoine Mondial de l'UNESCO, qui demande à la délégation hongroise de l'UNESCO de lui rendre des comptes sur la situation. La pétition déclenche la mission d'expertise.
Pendant ce temps, au premier trimestre 2008, des lettres ouvertes relayées dans la presse hongroise, sont adressées au Président de la République et au Premier ministre hongrois ainsi qu'au Maire de Budapest. Un article est publié dans Le Monde du 24 janvier 2008 sous le titre « Halte à la destruction du quartier juif de Budapest » et une interview est accordée à Julia Cserba pour l'hebdomadaire culturel Elet és irodalom. Ces articles reçoivent un écho indéniable dans la presse hongroise et internationale.
Mais, mais, mais, ... le scandale international ne parvient pas à infléchir la bêtise et la cupidité … pour le moment.

III - Michel Polge, expert de l'ICOMOS, a rappelé très nettement que les démolitions-reconstructions représentent une perte réelle, très regrettable pour le quartier . Selon lui, le vieux quartier juif présente une qualité patrimoniale architecturale évidente et remarquable, possèdant beaucoup d'atouts pour la réhabilitation et pas d'obstacle majeur à sa mise en oeuvre.
Le quartier constitue un atout économique fort pour le tourisme.
A la question : les opérations de démolition-reconstruction posent-elles un problème pour le patrimoine mondial ? La réponse de l'expert est sans ambiguïté : oui c'est une perte réelle, très dommageable pour le quartier et ce n'est pas compatible avec un site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO
La réglementation actuelle est inadaptée pour une zone tampon du patrimoine mondial.
Une idée force en guise de conclusion du diagnostic : les problèmes sont d'abord de nature économique.

Résumé de ses propositions :
Arrêter les démolitions réexaminer tous les permis de démolir et éventuellement indemniser les bénéficiaires de ces permis.
Il faut édicter un moratoire sur toute démolition tant que le nouveau plan d'urbanisme compatible avec le Patrimoine établi en accord avec toutes les parties n'est pas validé.
Un nouveau plan d'urbanisme, compatible avec l'inscription au patrimoine mondial devrait être établi le plus vite possible en accord avec toutes les parties et après consultation publique.
Il faudrait revoir les hauteurs et densité à la baisse.
Pour les immeubles neufs, il convient de rechercher une qualité architecturale en rapport avec la qualité exceptionnelle du Patrimoine.
Constatant que les investisseurs achètent des logements à titre de placements en les laissant vides, l'expert propose de taxer les logements neufs inhabités pour améliorer l'offre locative.
Michel Polge propose de mettre en place des outils économiques notamment fiscaux favorisant la réhabilitation.
Ce rapport a été traduit en hongrois et mis en ligne sur le site http://www.vilagorokseg.hu/ en voici la version originale en français.

IV - Maggie Cazal en guise de conclusion propose la rédaction d'une nouvelle pétition qui sera mise à la discussion.

 

 

 

 

Source Dossier de presse de l'Institut hongrois de Paris

Quo vadis le quartier juif ?

 

Kortárs és

Történeti

Zsidó

Kutatócsoport

 

 

MEGHÍVÓ

 

Az MTA PTI Etnoregionális és Antropológiai Kutatóközpont

Kortárs és Történeti Zsidó Kutatócsoportja

szeretettel és tisztelettel meghívja Önt

a "Quo vadis Zsidónegyed?" címmel

 

rendezendő kerekasztal-beszélgetésre

 

A beszélgetés résztvevői:

 

György Péter, Lantos Péter, dr. Fejérdy Tamás,

Perczel Anna, Ladányi János, Lányi András,

Dr.Nagy Béla

 

Moderál: A. Gergely András, Gantner Eszter

 

 

Időpont: 2008. június 12. (csütörtök) 18 óra

Helyszín: MTA Politikai Tudományok Intézete tanácsterme

(Budapest, 1014. Országház utca 30.)

08/06/2008

Franciák a pesti zsidó negyedért - Les Français en défense du quartier juif

Az UNESCO-jelentés készítője értetlenül szemléli a bontást

Népszabadság • Rózsa Mihály   • 2008. június 7.

Magyarországon senki sem mondja, hogy bontani kell a pesti zsidó negyedben, mégis ez történik - értetlenkedett a Párizsi Magyar Intézetben megrendezett kerekasztal-beszélgetésen Michel Polge. Ő az a francia építész, aki az UNESCO megbízásából Budapesten megvizsgálta a területet, feltáró beszélgetéseket folytatott, és tapasztalatait, javaslatait jelentésben foglalta össze.

L'article complet sur Népszabadság du 7 juin 2008 

L'auteur du rapport de l'UNESCO considère les démolitions comme inexplicables

En Hongrie personne ne dit qu'il faut démolir dans le quartier juif de Budapest, et pourtant c'est bien ce qui se passe, s'étonne Michel Polge dans le cadre d'une table ronde organisée à l'Institut hongrois de Paris. C'est lui, l'architecte français, qui missionné par l'UNESCO a examiné le territoire, a mené des discussions ouvertes et a réuni ses observations et propositions dans un rapport.